Hub énergétique ouest-africain: pourquoi Washington parie 300 millions de dollars sur la Côte d’Ivoire

Poste électrique de Bondoukou, dans le Nord-Est de la Côte d'Ivoire.

Le 09/08/2026 à 09h27

En validant un don américain colossal destiné au réseau, la Côte d’Ivoire ne se contente pas d’éclairer ses campagnes ; il verrouille sa position de fournisseur indispensable du Ghana, le Burkina Faso, le Mali, le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée, redessinant les rapports de force régionaux à la lumière des mégawatts exportés.

Un don américain de quelque 300 millions de dollars (171 milliards Fcfa) destiné au renforcement des infrastructures électriques en Côte d’Ivoire, a été approuvé récemment par le gouvernement de ce pays de l’Afrique de l’Ouest, rapporte la presse locale.

Objet d’un accord conclu le 16 septembre 2025, entre la Côte d’Ivoire et les États-Unis par le biais du Millennium Challenge Corporation (MCC), cette enveloppe budgétaire vise à financer le «Programme Compact Régional pour l’Energie», rappelle la même source citant une note du gouvernement ivoirien. Ce programme s’articule autour de deux volets, à savoir l’appui à la 2è phase du West African Power Pool (WAPP), le marché régional de l’électricité de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, et la modernisation du réseau électrique ivoirien, afin de répondre au mieux aux exigences techniques des échanges frontaliers.

Selon le gouvernement ivoirien, les investissements prévus devront porter sur des équipements, des infrastructures, et des outils destinés à améliorer les performances du réseau électrique et à accroître les volumes d’électricité échangés avec les pays voisins. Ce financement consolidera les efforts visant à ériger la Côte d’Ivoire en un hub énergétique régional, d’autant plus qu’il interviendra dans le sillage de l’exportation par ce pays de l’énergie électrique vers plusieurs Etats de l’Afrique de l’ouest, notamment le Ghana, le Burkina Faso, le Mali, le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée.

A noter qu’en 2024, l’Etat ivoirien a consacré quelque 444,5 millions USD (253 milliards Fcfa) au développement des infrastructures électriques, ce qui a permis de porter le taux de couverture nationale de 88% précédemment à 94,3% et le taux d’accès à l’électricité de 97,2% à 98,8%, selon les chiffres officiels.

Pour aller plus loin, disons que les 300 millions de dollars américains, décaissés sous forme de don via le Millennium Challenge Corporation, agissent comme un puissant révélateur de la place singulière qu’Abidjan est en train de se tailler dans le paysage énergétique ouest-africain. Au-delà de l’ingénierie financière et des câbles haute tension, ce “Programme Compact Régional pour l’Énergie” raconte l’histoire d’un pari géostratégique en train d’être gagné, celui d’un pays qui a décidé de transformer son électricité en un véritable bien d’exportation politique. L’argent, destiné à muscler la deuxième phase du West African Power Pool et à moderniser le réseau national, vient récompenser une décennie d’investissements publics obstinés.

Les 444,5 millions de dollars injectés par l’État en 2024 seulement ont propulsé le taux d’accès à l’électricité à 98,8%. On atteint ici un tournant: il ne s’agit plus de brancher les derniers foyers ivoiriens, mais de fiabiliser un système capable d’irriguer sans défaillir le Ghana, le Burkina Faso, le Mali, le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée. C’est là que le calcul du MCC, réputé pour sa rigueur sélective, devient limpide. Washington ne fait pas de philanthropie énergétique.

En misant sur la Côte d’Ivoire, les États-Unis parrainent un pôle de stabilité dans une région où la demande explose et où les fragilités des réseaux nationaux menacent la paix sociale. Le choix du don plutôt que du prêt verrouille l’allégeance sans endetter, tout en propulsant les standards techniques américains au cœur du commerce électrique régional.

Dans la salle des marchés de l’énergie ouest-africaine, Abidjan s’impose comme la plaque tournante incontournable, celle qui capte la production excédentaire et la redistribue avec une fluidité de plus en plus stratégique. Ce statut de hub énergétique n’est pourtant pas un long fleuve tranquille. Le défi sera de gérer l’appétit vorace des voisins sans sacrifier la sécurité de l’approvisionnement domestique, de maintenir la cadence des réformes sectorielles et d’absorber ces 171 milliards de Fcfa sans sombrer dans les pièges classiques de la passation de marchés. Mais le signal envoyé ce 9 août 2026 est clair: dans la compétition régionale silencieuse pour le leadership électrique, la Côte d’Ivoire a pris une longueur d’avance que même ses rivaux historiques lui reconnaissent désormais.

Par Le360 (avec MAP)
Le 09/08/2026 à 09h27