Indice des capacités productives 2026: vulnérabilités et forces du Top 10 africain

Le Top 10 africain de l'indice des capacités productives (PCI) raconte une Afrique à plusieurs vitesses.

Le 03/10/2026 à 16h11

Transport, capital humain, institutions, financement du secteur privé... la 3ème génération de l’indice des capacités productives (PCI) de la CNUCED montre où les efforts des pays africains peuvent produire le plus d’effets en matière de transformation structurelle et de développement durable.

Les scores du PCI 25 révèlent les goulots d’étranglement à lever pour renforcer les capacités productives, améliorer la compétitivité et réduire les écarts avec les économies avancées. C’est un appel à des politiques intégrées et coordonnées.

C’est dans ce contexte qu’en fin septembre 2026, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a mis en ligne la troisième génération de son Indice des capacités productives (PCI 25). Entendez par PCI 25, la mise à jour de 2025 du Productive Capacities Index, ou indice des capacités productives.

Cette mise à jour s’appuie directement sur les recommandations et les conclusions de la troisième réunion du Statistical and Technical Advisory Group (STAG), en français, le Groupe consultatif statistique et technique sur l’Indice des capacités productives de la CNUCED, qui s’est tenue à Lisbonne, au Portugal, en juin 2025. Cette mise à jour élargit la couverture géographique et temporelle de l’indice et introduit plusieurs innovations méthodologiques et techniques.

Ce n’est pas un classement de richesse, ni un palmarès de croissance. C’est une radiographie de ce qui permet à une économie de produire, d’innover et de se transformer: capital humain, capital naturel, énergie, transport, TIC, institutions, secteur privé et changement structurel.

Dans ce miroir, le Top 10 africain raconte une Afrique à plusieurs vitesses: des îles qui surprennent, des puissances industrielles bridées, des géants énergétiques handicapés par leurs infrastructures.

Le PCI 25 couvre 195 économies de 2000 à 2024, à partir de 43 indicateurs répartis en huit catégories. La méthodologie combine une analyse en composantes principales (ACP) au sein de chaque catégorie et une moyenne géométrique entre catégories. «Le PCI est ainsi un indice relatif et ne doit pas être interprété en termes absolus tels qu’un pourcentage», rappelle le rapport.

Autrement dit, un score de 55 pour Maurice ne signifie pas 55% de capacités productives, mais une position relative dans un ensemble mondial. Une précision capitale pour lire le Top 10 africain sans illusion.

Top 10 africain du PCI: score score global et par catégories

Rang mondialRang africainPaysÉnergieCapital humainTICInstitutionsCapital naturelSecteur privéChangement structurelTransportPCI
561erMaurice68,048,772,772,822,752,761,565,155,0
682èmeSeychelles70,350,978,571,213,852,345,981,152,0
703èmeAfrique du Sud55,242,756,853,348,852,965,342,351,7
724èmeCap-Vert57,143,451,968,336,850,549,261,351,5
995èmeTunisie51,050,658,747,343,544,555,432,247,2
1016èmeMaroc50,746,557,449,440,147,457,832,847,1
1167èmeBotswana47,835,552,768,534,148,350,333,245,0
1228èmeNamibie38,336,143,161,446,845,056,329,243,4
1259èmeAlgérie63,041,353,538,745,638,555,522,043,0
12910èmeÉgypte54,742,650,240,546,536,152,723,742,2

Source: CNUCED.

La mise à jour 2025 introduit plusieurs innovations: transformations de données plus précoces, imputation renforcée, estimation moyennée sur 200 répétitions avec des graines aléatoires différentes, et surtout un nouvel indicateur de transport maritime, les marchandises débarquées par voie maritime.

«Le nouvel indicateur sur les marchandises débarquées par voie maritime permet de combler cette lacune et complète les mesures existantes du transport routier, ferroviaire et aérien», souligne le document. Pour l’Afrique, continent maritime mais aussi enclavé, cette brique méthodologique n’est pas anodine.

Maurice ouvre la voie africaine

Premier Africain du classement, Maurice pointe au 56e rang mondial avec un PCI de 55,0. Son profil est celui d’une petite économie ouverte et institutionnellement solide: institutions 72,8, TIC 72,7, énergie 68,0, transport 65,1, changement structurel 61,5. Ses faiblesses sont ailleurs: capital humain 48,7, secteur privé 52,7, et surtout capital naturel 22,7.

Maurice illustre une vérité du PCI: on peut bâtir des capacités productives sans abondance de ressources naturelles, à condition de miser sur les institutions, les services et la connectivité.

Les Seychelles suivent au 68e rang (PCI 52,0). Leur profil est encore plus insulaire: TIC 78,5, transport 81,1, institutions 71,2, énergie 70,3. Mais le capital naturel tombe à 13,8, le changement structurel à 45,9 et le capital humain à 50,9. Le pays vit de sa position, de ses connexions et de ses institutions, mais son économie reste peu diversifiée.

Le Cap-Vert, 72e (PCI 51,5), confirme ce modèle: institutions 68,3, transport 61,3, énergie 57,1, TIC 51,9. Trois petits États insulaires en développement occupent donc le haut du Top 10 africain.

Le STAG le note: «le PCI a été reconnu comme un outil pratique de diagnostic et de renforcement des capacités, en particulier pour les pays les moins avancés (PMA), les pays en développement sans littoral (PDSL) et les petits États insulaires en développement (PEID).»

L’Afrique du Sud fragile sur le transport

Troisième Africain, l’Afrique du Sud se classe 70e mondial (PCI 51,7). Son changement structurel est le plus élevé du Top 10 africain: 65,3. Son ICT atteint 56,8, son énergie 55,2, son secteur privé 52,9, ses institutions 53,3. Mais deux talons d’Achille apparaissent: le capital humain (42,7) et le transport (42,3).

Dans un pays qui figure dans le Top 3 africain des principales économies industrialisées du continent, ces faiblesses relatives pèsent sur la transformation. Le PCI ne dit pas que l’Afrique du Sud manque d’industrie; il dit que ses capacités productives sont déséquilibrées, et que le transport et les compétences freinent la diffusion de la croissance.

La Tunisie (99e, PCI 47,2) et le Maroc (101e, PCI 47,1) forment un duo proche. La Tunisie affiche un ICT de 58,7, un changement structurel de 55,4, un capital humain de 50,6, une énergie de 51,0. Le Maroc affiche un changement structurel de 57,8, un ICT de 57,4, une énergie de 50,7et des institutions de 49,4.

Mais tous deux chutent sur le transport: 32,2 pour la Tunisie, 32,8 pour le Maroc. C’est le point commun des économies nord-africaines du classement: la logistique et les infrastructures de transport ne suivent pas le rythme de la transformation structurelle.

L’Algérie (125e, PCI 43,0) et l’Égypte (129e, PCI 42,2) ferment le Top 10 africain. Leur point fort est l’énergie: 63,0 pour l’Algérie, 54,7 pour l’Égypte. Leur changement structurel reste correct: 55,5 et 52,7. Mais leurs institutions sont faibles: 38,7 et 40,5. Leur secteur privé est le plus bas du groupe: 38,5 et 36,1. Et leur transport s’effondre: 22,0 et 23,7.

Ces deux pays illustrent le paradoxe des rentes énergétiques. Des capacités productives nourries par les ressources, mais entravées par la gouvernance, le financement privé et la logistique.

Le Botswana (116e, PCI 45,0) et la Namibie (122e, PCI 43,4) présentent des profils proches. Le Botswana a des institutions à 68,5, un ICT de 52,7, un changement structurel de 50,3. Mais son capital humain est à 35,5, son capital naturel à 34,1 et son transport à 33,2.

La Namibie a des institutions à 61,4, un changement structurel de 56,3, un capital naturel de 46,8. Mais son transport est à 29,2, son capital humain à 36,1 et son énergie à 38,3. Ces deux économies montrent que de bonnes institutions ne suffisent pas: sans compétences et sans connexions matérielles, la transformation reste incomplète.

Le transport, ce mal africain du PCI

Le constat le plus dur du Top 10 africain est là: sur dix pays, sept ont un score de transport inférieur à 43, et six sont sous 34. La Tunisie (32,2), le Maroc (32,8), le Botswana (33,2), la Namibie (29,2), l’Algérie (22,0) et l’Égypte (23,7) affichent des niveaux qui contrastent avec les Seychelles (81,1), Maurice (65,1) ou le Cap-Vert (61,3).

Or, le PCI 25 vient précisément d’intégrer les marchandises débarquées par voie maritime. «Le nouvel indicateur sur les marchandises débarquées par voie maritime permet de combler cette lacune», indique le rapport. Pour les pays enclavés ou mal connectés, cette mesure peut devenir un miroir cruel ou un levier de politique publique.

Cela dit, derrière les scores, il y a un problème de données. Le rapport indique que 22,9% des observations de l’ensemble de données d’entrée du PCI 25 sont manquantes. Dans les pays les moins avancés, les lacunes atteignent 61,4% pour le transport, 55,7% pour le secteur privé et 37,5% pour l’énergie.

«Une hausse d’un point du score global des Indicateurs de performance statistique de la Banque mondiale est associée à une diminution de 0,46 point de pourcentage du taux de valeurs manquantes», précise le document. Autrement dit, la qualité du PCI dépend directement de la capacité statistique des États.

Forces et vulnérabilités relatives des dix premières économies africaines selon le PCI 25

PaysPrincipales forcesPrincipales vulnérabilités
MauriceInstitutions 72,8; TIC 72,7 ; Énergie 68,0; Transport 65,1; Changement structurel 61,5Capital naturel 22,7; Capital humain 48,7; Secteur privé 52,7
SeychellesTransport 81,1; TIC 78,5; Institutions 71,2; Énergie 70,3Capital naturel 13,8; Changement structurel 45,9; Capital humain 50,9
Afrique du SudChangement structurel 65,3 ; TIC 56,8; Énergie 55,2; Institutions 53,3; Secteur privé 52,9Transport 42,3; Capital humain 42,7
Cap-VertInstitutions 68,3; Transport 61,3; Énergie 57,1; TIC 51,9Capital naturel 36,8; Capital humain 43,4; Changement structurel 49,2; Secteur privé 50,5
TunisieTIC 58,7; Changement structurel 55,4; Énergie 51,0; Capital humain 50,6Transport 32,2; Secteur privé 44,5; Institutions 47,3; Capital naturel 43,5
MarocChangement structurel 57,8 ; TIC 57,4; Énergie 50,7Transport 32,8; Capital naturel 40,1; Capital humain 46,5; Secteur privé 47,4; Institutions 49,4
BotswanaInstitutions 68,5 ; TIC 52,7 ; Changement structurel 50,3Transport 33,2 ; Capital naturel 34,1 ; Capital humain 35,5 ; Énergie 47,8 ; Secteur privé 48,3
NamibieInstitutions 61,4; Changement structurel 56,3; Capital naturel 46,8Transport 29,2; Capital humain 36,1; Énergie 38,3; TIC 43,1; Secteur privé 45,0
AlgérieÉnergie 63,0; Changement structurel 55,5; TIC 53,5Transport 22,0 ; Secteur privé 38,5; Institutions 38,7; Capital humain 41,3
ÉgypteÉnergie 54,7; Changement structurel 52,7; TIC 50,2Transport 23,7; Secteur privé 36,1; Institutions 40,5; Capital humain 42,6

Source: CNUCED.

La CNUCED a renforcé son pipeline: interpolation, extrapolation, imputation par forêt aléatoire longitudinale, traitement des valeurs aberrantes, puis ACP. L’analyse est répétée 200 fois. «Le groupe a également approuvé des améliorations méthodologiques clés… notamment une nouvelle méthode d’imputation par forêt aléatoire longitudinale qui améliore la gestion des données manquantes et renforce la stabilité des résultats», rappelle le STAG. Mais l’imputation reste une estimation. Le rapport avertit: «les valeurs imputées restent des estimations et ne peuvent pas remplacer les données réelles.»

Ainsi, le Top 10 africain du PCI 25 n’est pas un hit-parade de la richesse. C’est une carte des vulnérabilités et des forces relatives. Les îles (Maurice, Seychelles, Cap-Vert) montrent qu’institutions, TIC et transport peuvent compenser un capital naturel faible.

L’Afrique du Sud montre qu’une structure industrialisée ne suffit pas si le capital humain et la logistique décrochent. L’Afrique du Nord montre que l’énergie et les TIC ne suffisent pas si le transport, les institutions et le secteur privé restent fragiles. Le Botswana et la Namibie montrent que la gouvernance ne remplace ni les compétences ni les infrastructures.

La comparaison avec le Top 5 mondial, à savoir Danemark (PCI 70,9), États-Unis (70,6), Australie (69,9), Pays-Bas (69,8), Royaume-Uni (67,9), donne la mesure de l’écart. Le premier Africain, Maurice, est à 55,0. Ce n’est pas un fossé irréductible, mais c’est un rappel: les capacités productives se construisent par des politiques intégrées, pas par des projets isolés.

La CNUCED préconise des systèmes statistiques nationaux plus solides, une meilleure coordination internationale et une collecte de données plus normalisée.

Pour l’Afrique, l’enjeu est double. Il faut améliorer la mesure, sans données fiables, les stratégies nationales de capacités productives restent des exercices partiels. Et il faut agir sur les goulots d’étranglement: transport, capital humain, institutions, financement du secteur privé.

Le PCI 25 ne condamne personne. Il montre où les efforts peuvent produire le plus d’effet. Reste à savoir si les États africains s’empareront de cet outil pour transformer leurs faiblesses en priorités, ou s’ils le laisseront au rayon des classements oubliés.

Par Modeste Kouamé
Le 03/10/2026 à 16h11