Pendant des décennies, les pays africains ont construit leurs politiques publiques en s’inspirant de modèles venus du Nord. Une approche qui a permis certaines avancées mais qui a parfois laissé peu de place aux expériences développées sur le continent lui-même.
Pour le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, le moment est venu de reconnaître la valeur des solutions conçues par les pays du Sud pour répondre à leurs propres défis.
«Depuis les indépendances africaines, nous avons été habitués à une coopération Nord-Sud où les pays développés nous enseignaient comment arriver au développement. Pourtant, nous avons nous-mêmes nos propres expériences», explique-t-il. Selon lui, les réformes mises en œuvre au Rwanda comme dans d’autres pays du Sud constituent aujourd’hui un réservoir d’expériences dont peuvent s’inspirer d’autres nations confrontées à des défis similaires.
Cette vision est au cœur de la Convention inaugurale sur la coopération Sud-Sud et triangulaire organisée à Kigali par Rwanda Cooperation et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
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Placée sous le thème du renforcement de la collaboration et des cadres institutionnels pour une mise en œuvre efficace, la rencontre vise à transformer les échanges d’expériences en résultats concrets pour les populations.
Le Rwanda fait figure de laboratoire de cette approche. Créée en 2018, Rwanda Cooperation a été conçue comme une plateforme de partage des solutions développées dans le pays. Selon son directeur général, Richard Niwenshuti, l’initiative a déjà collaboré avec près de 80 pays et accueilli plus de 10.000 délégués venus étudier l’expérience rwandaise dans des domaines aussi variés que la santé, l’éducation, la fiscalité ou encore les solutions endogènes de développement.
«Aujourd’hui, nous franchissons une nouvelle étape en mettant l’accent sur l’opérationnalisation des connaissances partagées», explique-t-il. L’objectif n’est plus seulement d’organiser des visites d’étude mais de favoriser l’adaptation et la mise en œuvre effective des solutions dans les pays partenaires.
Les échanges ne se limitent pas aux visites d’étude. Plusieurs pays africains ont déjà adapté certaines initiatives rwandaises à leur propre contexte. Le Tchad et l’Eswatini se sont notamment inspirés de systèmes numériques rwandais de gestion des finances publiques afin d’améliorer la collecte des recettes et la transparence budgétaire.
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Le Bénin a développé une plateforme de services publics numériques inspirée de l’expérience rwandaise d’Irembo, tandis que d’autres pays explorent des solutions rwandaises dans les domaines de la gouvernance numérique, de la collecte de données ou encore de l’innovation technologique.
Mais le processus n’est pas à sens unique. Le Rwanda lui-même s’est construit en observant les réussites d’autres pays. Plusieurs responsables rappellent que certaines des réformes qui ont contribué à la transformation du pays ont été inspirées d’expériences menées à Singapour ou dans d’autres économies émergentes. La coopération Sud-Sud apparaît ainsi comme un échange mutuel plutôt qu’un transfert unidirectionnel de connaissances.
Pour les Nations unies, cette évolution répond à une réalité nouvelle. Les pays du Sud recherchent de plus en plus des solutions pratiques, testées et adaptées à des contextes comparables aux leurs.
Dans son communiqué, le PNUD souligne que la coopération Sud-Sud n’est plus une conversation périphérique mais un élément central de la réponse aux défis contemporains du développement.
Toutefois, les participants reconnaissent que plusieurs obstacles demeurent. Selon la coordinatrice résidente des Nations unies au Rwanda, Fatmata Lovetta Sesay, le principal défi n’est plus l’absence de volonté politique. Il réside désormais dans la capacité à institutionnaliser les mécanismes de coopération afin de garantir leur pérennité et de mesurer leur impact réel.
«Nous devons mettre en place une structure pérenne capable de concrétiser les enseignements tirés des échanges internationaux», souligne-t-elle. Pour elle, le suivi et l’évaluation restent indispensables pour démontrer que les solutions partagées améliorent effectivement les conditions de vie des populations.
Cette réflexion intervient dans un contexte mondial marqué par la diminution de certains financements traditionnels du développement. Face à cette réalité, plusieurs pays africains voient dans la coopération Sud-Sud un moyen d’accélérer leur transformation en s’appuyant davantage sur les connaissances, les innovations et les expériences déjà disponibles sur le continent.
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Pour le Rwanda, qui ambitionne de devenir un hub international de la coopération Sud-Sud, l’enjeu dépasse le simple partage d’expertise. Il s’agit de contribuer à l’émergence d’un modèle de développement où les pays du Sud deviennent non seulement bénéficiaires mais aussi producteurs et exportateurs de solutions.
Un changement de perspective qui pourrait redessiner durablement les relations de coopération à travers l’Afrique et au-delà.
