Africa CEO Forum de Kigali. «Changer d’échelle ou échouer»: suffit-il à l’Afrique de se savoir acculée?

Plusieurs présidents et ministres africains ont participé à l'Africa CEO Forum 2026.

Le 15/05/2026 à 14h49

VidéoRéunis les 14 et 15 mai à Kigali pour la 13ème édition de l’Africa CEO Forum, plus de 2.800 décideurs publics et privés de 77 pays sont conscient de l’urgence pour le continent de dépasser la fragmentation de ses marchés et de miser sur des partenariats africains plus solides pour accélérer son développement.

Pendant deux jours, Kigali devient la capitale des ambitions économiques africaines. Chefs d’État, patrons de multinationales, investisseurs et responsables d’institutions financières se retrouvent dans la capitale rwandaise à l’occasion de l’Africa CEO Forum 2026, organisé par Jeune Afrique Media Group et l’IFC, membre du Groupe de la Banque mondiale.

Mais derrière les panels et les grands discours, un même constat revient avec insistance, comme l’a si bien souligné Amir Ben Yahmed, CEO de l’Africa CEO Forum: l’Afrique ne manque ni de talents, ni d’opportunités, mais peine encore à atteindre la taille critique nécessaire pour peser davantage dans l’économie mondiale.

Cette année, le forum se tient autour d’un thème sans détour: «Scale or fail», littéralement «changer d’échelle ou échouer». Un slogan qui traduit une inquiétude croissante face à la fragmentation des économies africaines dans un monde de plus en plus compétitif.

«L’Africa CEO Forum est devenu bien plus qu’un simple rassemblement annuel. C’est désormais une plateforme où les dirigeants des secteurs public et privé africains se réunissent pour définir un programme commun en matière de croissance, d’investissement, de partenariat et de mise en œuvre», a expliqué Jean Guy Afrika, Directeur général du Rwanda Development Board. Pour lui, l’Afrique ne pourra accélérer sa transformation économique qu’à travers «une responsabilité partagée, des risques partagés et une mise en œuvre commune».

Dans les couloirs du forum, beaucoup reconnaissent d’ailleurs que le secteur privé africain avance souvent plus vite que les États eux-mêmes. Un constat partagé par le président rwandais Paul Kagame, qui appelle à une relation plus étroite entre décideurs publics et entrepreneurs africains.

«Le secteur privé devance le secteur public», a-t-il lancé lors de la cérémonie d’ouverture, avant de dénoncer certaines barrières administratives qui freinent encore les entreprises du continent. «Sans ces freins, le secteur privé, tout comme le continent dans son ensemble, afficherait aujourd’hui un niveau de développement bien plus important qu’il ne l’est en réalité», a ajouté le chef de l’État rwandais sous les applaudissements des participants.

Au-delà des discours, l’enjeu est immense pour un continent qui ne représente encore qu’environ 15% du commerce intra-africain malgré un marché de plus de 1,4 milliard d’habitants. Pour Amir Ben Yahmed, PDG de Jeune Afrique Media Group, le défi consiste désormais à transformer les ambitions africaines en décisions concrètes. «C’est loin d’être un rêve; c’est quelque chose que nous pouvons réaliser ensemble», a-t-il affirmé, convaincu que l’Afrique peut bâtir ses propres champions économiques à condition de miser davantage sur les partenariats continentaux, les investissements communs et l’intégration régionale.

À Kigali, le message porté par cette 13ème édition est donc clair: dans un contexte mondial marqué par la montée des blocs économiques et la recomposition des chaînes de valeur, l’Afrique n’a plus vraiment le choix. Pour exister dans la compétition mondiale, elle devra apprendre à grandir ensemble.

En marge des débats sur l’intégration économique africaine, plusieurs panels abordent également des questions stratégiques comme l’intelligence artificielle, la souveraineté énergétique, le financement des infrastructures, l’industrialisation ou encore l’avenir de la ZLECAf.

Des discussions qui interviennent dans un contexte mondial marqué par les tensions commerciales, les conflits géopolitiques et le recul du multilatéralisme. Pour de nombreux participants, ces bouleversements constituent à la fois un risque pour les économies africaines, mais aussi une opportunité pour le continent de redéfinir sa place dans les nouvelles chaînes de valeur mondiales.

Par Fraterne Ndacyayisenga
Le 15/05/2026 à 14h49