Burkina Faso. «Nous ne pouvons oublier ce qu’il a fait pour nous»: l’héritage de Thomas Sankara continue d’inspirer la jeunesse

Thomas Sankara, ancien président du Burkina Faso.

Le 06/08/2026 à 16h05

Le Burkina Faso a commémoré les 4 et 5 août le 43ᵉ anniversaire de l’avènement de la Révolution Démocratique et Populaire déclenchée le 4 août 1983. Plus qu’une date, elle incarne un idéal de souveraineté, d’intégrité et de justice sociale.

«On avait entendu parler de lui (Thomas Sankara), tout le monde l’attendait. En tant qu’élèves, nous étions sortis pour faire ce qu’on appelle la haie pour l’accueillir au palais des congrès de Kara. Thomas Sankara arrive le poing levé et saluait. Mais avant qu’il n’arrive, on nous a appris une chanson… ”Sankara n’est pas voleur. Non, non, non...”», se remémore Roger Bitumba, alors élève.

Pour de nombreux citoyens, Thomas Sankara a insufflé une nouvelle vision du développement fondée sur le travail, la discipline, l’autosuffisance et la valorisation des ressources nationales. Son combat contre la corruption, son appel à la dignité africaine et son engagement en faveur des plus vulnérables continuent de nourrir les aspirations de la nouvelle génération.

«Nous avons plusieurs souvenirs et, pour dire vrai, ce qui nous a le plus touchés, c’est qu’avec le président Sankara, on a compris que les femmes pouvaient exercer les mêmes métiers que l’homme. Et ça, nous les filles d’aujourd’hui, nous ne pouvons oublier ce qu’il a fait pour nous. C’est également avec lui qu’on aura plusieurs réformes. Il se faisait distinguer à travers ses discours», se souvient Flore Guima.

Quarante-trois ans plus tard, les témoins de cette période racontent encore les opérations de reboisement, les journées de salubrité ou encore les chantiers communautaires.

Dans les familles comme dans les quartiers, chacun garde une histoire, une image ou une émotion liée à cette révolution qui a profondément marqué le quotidien des Burkinabè.

«Thomas Sankara estimait qu’avant de consacrer une Journée pour la femme en vue de son émancipation, il faut d’abord avoir confiance en elle et lui accorder des responsabilités. Sur le volet de la santé, il initie ce qu’on a appelé ”la vaccination commando”», relate Sosthene Ouédraogo.

De 1983 à 2025, nombreux sont les citoyens qui estiment que le Burkina Faso, à travers la révolution progressiste populaire, a fait le choix d’une révolution porteuse d’espoirs. Si le pays a connu des bouleversements politiques et sécuritaires, les idéaux de justice, de souveraineté, de patriotisme et de développement endogène défendus par Thomas Sankara demeurent, selon eux, des repères essentiels pour relever les défis actuels et bâtir un avenir durable.

«Si on empruntait pas le chemin de la révolution, ça n’allait pas être bien pour nous. Parce que le pays n’avançait pas vraiment. Il faut dire que presque tout le pays était vendu. Il fallait qu’on ose pour récupérer ces portions de terres qu’on perdait au fil des années…», assure Flore Guima.

«Les fameux donneurs de leçons ont eux-mêmes commencé par la révolution. On se souvient de la prise de la Bastille et d’autres évènements. Mais quand c’est nous qui faisons notre révolution, on nous dit non. Je trouve que le Burkina Faso a fait un bon choix et la révolution progressiste populaire est venue à un moment où on l’attendait. Il fallait que les choses changent», souligne Roger Bitumba.

Président du Burkina Faso de 1983 à 1987, le Capitaine Thomas Sankara demeure une figure emblématique du panafricanisme. Visionnaire, il a porté la voix d’une Afrique libre, souveraine et solidaire. Quarante-trois ans après la Révolution d’août, son héritage continue d’inspirer le continent. Pour de nombreux Africains, faire vivre son combat, c’est poursuivre l’ambition d’une Afrique unie, indépendante et résolument tournée vers son propre développement.

Par Jean Paul Windpanga Ouédraogo (Ouagadougou, correspondance)
Le 06/08/2026 à 16h05