Ciudad de la Paz, nouvelle capitale fantôme de Guinée équatoriale

Ciudad de la Paz, la nouvelle capitale de la Guinée équatoriale, à la place de Malabo.

Le 11/09/2026 à 07h53

Près de huit mois après avoir été décrétée nouvelle capitale politique de la Guinée équatoriale, Ciudad de la Paz reste une ville fantôme, sans vie ou presque, nichée au cœur de la forêt équatoriale.

Aux abords des larges avenues vides de cette ville nouvelle entourée d’une épaisse végétation, on trouve deux hôtels flambant neufs, un grand hôpital, une université, plusieurs bâtiments officiels mais toujours pas d’habitants, ni de commerces, ni d’écoles.

«Nous ne voyons encore rien ici qui puisse laisser penser que nous sommes dans une capitale», observe Cipriano Ela, un enseignant de l’université, interrogé par l’AFP.

Début janvier, un décret présidentiel a officiellement fait de Ciudad de la Paz, anciennement Oyala, la nouvelle capitale de ce petit Etat autoritaire d’Afrique centrale de 2 millions d’habitants, riche de son pétrole.

«À part le centre d’identification qui délivre les cartes d’identité et passeports plus rapidement que d’autres, rien n’a changé», témoigne encore un habitant d’Oyala Poblado, un bidonville qui jouxte la nouvelle capitale.

Un délai d’un an a été accordé aux institutions pour quitter l’ancienne capitale, Malabo, ville d’environ 300.000 habitants située sur l’île de Bioko, dans le golfe de Guinée.

Malabo était la capitale du pays depuis son indépendance de l’Espagne en 1968. Ce transfert déplace le siège du pouvoir au cœur du pays, non loin des frontières avec le Cameroun et le Gabon.

Rupture avec la période coloniale

Ce projet avait été lancé en 2008 par le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, au pouvoir depuis 47 ans.

Pour son fils, le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue, surnommé «Teodorin», ce changement s’explique d’abord par la «situation stratégique et centrale de la Ciudad de la Paz, conçue pour garantir une administration plus équilibrée, efficace et cohérente sur l’ensemble du territoire national», avait-il écrit sur X en janvier.

Cela permet également de rompre «avec les structures héritées de la période coloniale, après 57 années d’indépendance», selon le vice-président.

Ce n’est pas sans rappeler d’autres transferts semblables en Afrique, comme celui de la capitale de Côte d’Ivoire d’Abidjan à Yamoussoukro en 1983 ou celui de la capitale du Nigeria de Lagos à Abuja en 1991.

Dans les faits, les anciennes capitales demeurent souvent plus attractives, plus peuplées et plus dynamiques sur le plan économique que les villes nouvelles érigées en capitales politiques.

Ce transfert est financé par l’Etat équatoguinéen, qui s’est considérablement enrichi depuis la découverte d’importants gisements de pétrole au début des années 1990.

Pour donner vie à cette ville nouvelle prévue sur 32.000 hectares pour 65.000 habitants, construite par des entreprises chinoises, coréennes ou encore italiennes, les autorités mettent en scène un début de transfert.

Le 3 août, un accord a été signé par le pouvoir équatoguinéen avec la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) pour y développer l’électrification et le logement.

Ni logements ni services publics

Une session parlementaire a même officiellement été ouverte en juillet dans le nouveau siège du Parlement, avant que les élus ne repartent vers Bata, la capitale économique du pays, située sur les rives du golfe de Guinée, à environ 170 km.

Pour le vice-président, ce transfert devrait entraîner «la création de milliers d’emplois, grâce aux infrastructures que le gouvernement construit déjà et continuera de développer afin d’accueillir les nouvelles institutions de l’État, les services publics ainsi que l’activité économique qui suivra».

La croissance urbaine rapide des villes de Malabo et Bata - qui compte près de 500.000 habitants - au cours des dernières années fait partie des motifs qui ont poussé les autorités à changer de capitale.

Cette croissance a été alimentée par un afflux constant de population en provenance de zones rurales et des petites villes, en raison de la concentration des infrastructures, des services publics, des emplois et des bureaux dans ces deux villes, selon le décret-loi publié en janvier.

Mais aujourd’hui, l’absence de services publics et de commerces est le principal frein au transfert des institutions et des habitants à Ciudad de la Paz.

Plusieurs employés du parti présidentiel, le Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE), affirment à l’AFP avoir quitté Malabo mais se disent depuis «bloqués à Bata».

«Pas d’hôpitaux, pas d’écoles, pas de supermarchés. On descend juste à Ciudad de la Paz pour exécuter quelques petits travaux, puis on remonte à Bata», à environ deux heures de route, a expliqué un employé du PDGE sous couvert d’anonymat.

Pour inciter les fonctionnaires à rallier la ville, le gouvernement mise désormais sur la construction de logements sociaux.

En attendant, faute d’habitants, Ciudad de la Paz n’est une capitale que sur le papier.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 11/09/2026 à 07h53