Quatorze accords signés en une seule session: le Burkina Faso et le Burundi ne veulent plus se contenter de discours. Visas supprimés, permis reconnus, comités de suivi annoncés. Entre Ouagadougou et Bujumbura, la coopération change de registre.
Signer quatorze accords en une seule session de commission mixte ne relève pas du simple rituel protocolaire. À Bujumbura, le 14 août, le Burkina Faso et le Burundi ont transformé une coopération engagée depuis près de trois décennies en une plateforme multisectorielle qui touche autant aux fonctions régaliennes qu’à la vie quotidienne des citoyens. Agriculture, élevage, sécurité, protection civile, services aériens, santé, emploi, protection sociale, jeunesse, sport, enseignement supérieur, recherche: l’éventail est large.
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S’y ajoutent la suppression de visa pour les passeports diplomatiques, de service et ordinaires, ainsi que la reconnaissance réciproque et l’échange des permis de conduire nationaux. Ces deux dernières mesures, très concrètes, modifient les conditions de circulation des étudiants, des travailleurs et des opérateurs économiques, donnant au partenariat une dimension tangible qui dépasse les communiqués. Le langage des deux chefs de la diplomatie indique une volonté de rupture avec la coopération déclaratoire.
Le Camarade Karamoko Jean Marie Traoré, ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, écarte l’idée d’un aboutissement et parle d’un point de départ, décrivant la Commission mixte comme un outil de gouvernance où l’intention politique des chefs d’État se transforme en programmes concrets, projets mesurables et résultats tangibles.
Édouard Bizimana, ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, lui, plaide pour une coopération Sud-Sud fondée sur la confiance, le respect mutuel, la solidarité et la recherche d’intérêts communs, en insistant sur la jeunesse, les investissements réciproques et la libre circulation des biens et services.
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Cette insistance n’est pas anodine: elle déplace le centre de gravité du partenariat des appareils d’État vers les acteurs économiques et sociaux.
Reste la question centrale de l’exécution. Les deux parties ont annoncé la formalisation diligente de comités sectoriels de suivi, signe qu’elles ont conscience du risque de voir les quatorze textes rester lettre morte.
Un paquet aussi large peut créer un effet d’entraînement, mais il peut aussi saturer des administrations et diluer les priorités. Le test se jouera sur des secteurs visibles: mobilité des étudiants, reconnaissance des diplômes, emploi des jeunes, formation professionnelle.
Si les comités sectoriels produisent rapidement des programmes opérationnels, l’axe Ouagadougou-Bujumbura aura démontré qu’une coopération Sud-Sud peut avancer plus vite que les lourds cadres régionaux. Dans le cas contraire, cette première session restera un inventaire de bonnes intentions. La mention de l’intégration régionale et de la paix donne au rapprochement une portée politique plus large: il s’agit d’ériger la relation bilatérale en laboratoire d’action commune.
Pour l’instant, les quatorze signatures constituent un signal fort. Elles ne vaudront toutefois que par les changements perceptibles pour les populations, et c’est le prochain rendez-vous des comités sectoriels qui dira si le Burkina Faso et le Burundi ont réellement changé de méthode ou simplement ajouté des paraphes.
