L’an II de l’AES ouvre un autre front: faire de la santé un pilier de souveraineté

Des experts de l'AES réunis à Ouagadougou pour renforcer la coopération sanitaire

Le 15/08/2026 à 08h15

Souvent réduite à un bloc sécuritaire, la Confédération des États du Sahel avance sur un terrain moins spectaculaire mais vital: la souveraineté sanitaire. La réunion d’experts d’août 2026 en révèle la méthode.

La capitale burkinabè, Ouagadougou, a abrité, du 11 au 14 août, une réunion des experts en santé pour définir des mécanismes communs visant à renforcer la réponse aux urgences sanitaires, l’accès aux produits de santé et la souveraineté sanitaire au sein de la Confédération des États du Sahel (AES).

Cette rencontre, qui a réuni les équipes techniques des ministères de la Santé des trois pays, s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la feuille de route de l’an II de l’AES et vise à traduire la coopération entre les États membres en actions sanitaires communes, opérationnelles et mesurables, rapportent des médias locaux.

Quatre jours durant, les participants se sont penchés sur la mise en commun de leurs expériences et expertises afin de faire avancer les différents livrables prévus dans le domaine de la santé, en précisant notamment les orientations, les priorités, les responsabilités ainsi que les modalités de mise en œuvre des actions retenues.

Les travaux ont porté principalement sur trois domaines jugés prioritaires, à savoir la surveillance et la réponse aux urgences sanitaires, la régulation pharmaceutique ainsi que l’accès aux produits de santé.

Le vocabulaire est celui de l’ingénierie sanitaire: surveillance et réponse aux urgences, régulation pharmaceutique, accès aux produits de santé. En inscrivant ce chantier dans l’an II de sa feuille de route, l’AES cesse de se définir uniquement par la géopolitique des alliances. Elle se dote d’une souveraineté sectorielle concrète, là où la dépendance aux importations, la fragmentation des systèmes de santé et la vulnérabilité aux épidémies ont longtemps constitué des angles morts.

Le choix de la santé comme priorité révèle une confédération soucieuse de s’ancrer dans le quotidien des populations, bien au-delà des discours de rupture. La surveillance et la réponse aux urgences répondent à une réalité sahélienne: forte mobilité transfrontalière, épidémies récurrentes, capacités de détection limitées. La régulation pharmaceutique et l’accès aux produits touchent à un nerf stratégique: disponibilité des médicaments, qualité des circuits d’approvisionnement, capacité des États à ne plus subir les ruptures.

La méthode compte tout autant que les thèmes. Quatre jours de travaux techniques, des responsabilités précisées, des actions mesurables: ce format d’intégration pragmatique tranche avec les grand-messes diplomatiques. Pour une confédération née dans l’urgence sécuritaire, ce déplacement du centre de gravité vers la santé marque une maturation institutionnelle.

Reste que rien ne filtre sur les financements, les calendriers contraignants ni des mécanismes de suivi indépendants. Le vrai défi ne sera pas seulement de définir des mécanismes communs, mais de les rendre opérationnels sur des territoires où les capacités administratives sont inégales et les urgences sécuritaires absorbantes. L’AES devra transformer l’expertise de Ouagadougou en décisions budgétaires, en chaînes d’approvisionnement fiables et en actes de santé publique.

C’est à cette condition que la souveraineté sanitaire annoncée ne demeurera pas un mot. Pour l’heure, l’AES se distingue par une volonté de faire, en se donnant les outils d’une coopération sectorielle moins spectaculaire mais potentiellement plus structurante que les postures. Le Sahel sanitaire est en train de s’organiser, et cela mérite d’être observé de près.

Par Le360 (avec MAP)
Le 15/08/2026 à 08h15