Le Sénégal vient de vivre l’un des plus grands séismes politiques de ces dernières années. Le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement mis fin, vendredi 22 mai 2026, aux fonctions du Premier ministre Ousmane Sonko, provoquant la dissolution de l’ensemble du gouvernement. Une décision actée par le décret n°2026-128 et qui consomme définitivement la rupture entre deux hommes que beaucoup considéraient encore récemment comme inséparables.
Pendant des années, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont incarné le même combat politique. Deux figures d’un même projet, deux compagnons d’opposition portés par le parti Pastef, unis face au régime de Macky Sall.
Lorsque la candidature de Sonko à la présidentielle avait été compromise par ses démêlés judiciaires, c’est lui-même qui avait porté le choix sur Bassirou Diomaye Faye, présenté alors comme “le plan B” du parti, avant de devenir finalement président de la République. Une victoire historique bâtie sur une loyauté politique et une amitié que beaucoup pensaient indestructibles.
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Mais au fil des mois, les fissures sont devenues visibles. Différences de méthode, divergences de vision, rivalités d’influence autour du pouvoir…
Les tensions entre le chef de l’État et son Premier ministre se sont progressivement étalées sur la place publique. Au sommet de l’État, deux lignes semblaient désormais cohabiter difficilement, alimentant un climat de confusion politique.
Face à cette crise larvée, la présidence a finalement tranché. Les ministres du gouvernement sortant ont été instruits d’expédier les affaires courantes dans l’attente de la nomination d’une nouvelle équipe gouvernementale. Pour l’heure, aucun nom n’a encore été officiellement avancé pour succéder à Ousmane Sonko à la Primature.
Dans les rues de Dakar, cette rupture historique suscite incompréhension, inquiétudes mais aussi soulagement chez certains Sénégalais.
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Pour Mamadou Diop Thioune, citoyen sénégalais, la crise était devenue évidente depuis plusieurs mois: «Nous l’avions déjà senti. Tout était bloqué, rien ne fonctionnait normalement. Il faut désormais trouver des solutions par le dialogue. La Constitution recommande de servir l’État et non de se servir soi-même. Ce qui se passe aujourd’hui est difficile à comprendre, mais ceux qui maîtrisent le fonctionnement des institutions savaient que cette situation ne pouvait pas durer. Nous sommes arrivés à un moment où il faut rebattre les cartes et remettre l’intérêt national au-dessus de tout, dans la stabilité.»
Chez certains partisans d’Ousmane Sonko, la séparation est même perçue comme une opportunité politique. Mamadou Faye, militant pro-Sonko, estime que cette rupture permettra à leur camp de se recentrer sur les prochaines échéances électorales: «cela va nous permettre de nous concentrer sur nos principaux objectifs que sont les élections locales et la présidentielle de 2029. Depuis un certain temps, nous avions constaté que le président Bassirou Diomaye Faye ne suivait plus les mêmes orientations politiques. À partir de là, la séparation devenait inévitable. Aujourd’hui, chacun pourra préparer l’avenir de son côté.»
D’autres Sénégalais rappellent toutefois la réalité des institutions et la primauté du chef de l’État dans l’architecture du pouvoir sénégalais. C’est le cas d’Ibou Diop: «Lorsque des divergences profondes apparaissent, il devient nécessaire de réévaluer cette collaboration dans l’intérêt supérieur du pays. Le Sénégal traverse aujourd’hui une situation délicate, marquée par cette dualité entre le président et son Premier ministre. Chacun semblait avoir son propre clan et mener son action en solo, au risque de créer une confusion au sommet de l’État. Dans nos institutions, le Premier ministre demeure politiquement et constitutionnellement subordonné au président de la République.»
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Au-delà du choc politique, cette rupture ouvre désormais une nouvelle page pleine d’incertitudes. L’alliance qui avait permis l’alternance historique de 2024 vole aujourd’hui en éclats, laissant apparaître deux trajectoires politiques désormais distinctes. Une séparation qui pourrait profondément rebattre les cartes du paysage politique sénégalais à l’approche des prochaines échéances électorales.
Et désormais, une question domine toutes les autres: après avoir conquis le pouvoir ensemble, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko peuvent-ils encore éviter une confrontation politique totale?
