Le Sénégal a été secoué entre 2021 et 2024 par de violentes manifestations durement réprimées qui ont fait des dizaines de morts et des blessés sous l’ex-président Macky Sall (2012-2024), dans un bras de fer contre son opposant d’alors Ousmane Sonko, dont l’ex-bras droit est devenu président.
La question de rendre justice aux victimes est une promesse de longue date du camp actuellement au pouvoir, en dépit d’une loi d’amnistie couvrant ces violences adoptée dans les dernières semaines de la présidence Sall, afin d’apaiser les tensions politiques.
Ces quatre personnes inculpées sont accusées par Pape Abdoulaye Touré de faits de séquestration, d’enlèvement illégal, de torture et de violences qu’il affirme avoir subis en juin 2023.
Les chefs d’inculpation de «crime contre l’humanité» ou de «complicité» de ces chefs retenus par les juges d’instruction permettent de contourner la loi d’amnistie qui couvre les violences politiques à cette période.
Ameth Tidiane Cissé, chef de sécurité et Djibril Gaye, agent de sécurité au Centre des œuvres universitaires de Dakar, «sont poursuivis pour association de malfaiteurs, crime contre l’humanité et torture», a confirmé à l’AFP leur avocat, maître Taha Cissé.
M. Gaye a été placé sous mandat de dépôt et M. Cissé a été placé sous contrôle judiciaire, précise leur avocat.
Deux autres personnes, Amadou Guindo Traoré, placé sous contrôle judiciaire, et Djibril Diaw, assigné à résidence avec port du bracelet électronique, ont été inculpés pour «complicité de crime contre l’humanité commis sur la personne de Pape Abdoulaye Touré», indique leur avocat, maître Yaya Dia.
«Mes clients ne sont mêlés ni de près ni de loin à cette affaire. Ils sont totalement étrangers aux faits qui leurs sont reprochés. Ils contestent vigoureusement les faits», indique Me Dia à l’AFP.
Plusieurs des mis en cause sont réputés proches de Pape Malick Ndour, ancien Ministre de la jeunesse sous Macky Sall.
«Tout en saluant ces deux procédures, Amnesty International restera vigilante et engagée aux côtés des victimes», a réagi auprès de l’AFP le directeur de l’ONG au Sénégal, Seydi Gassama.
Au moins 65 personnes avaient été tuées - dont 51 par balles, en grande majorité des jeunes - entre mars 2021 et février 2024 au Sénégal pendant des manifestations à l’appel de l’opposition, selon le bilan établi par un collectif réunissant des journalistes et des scientifiques. Nombre de jeunes avaient aussi été blessés ou placés en détention.
Des responsables parmi les nouvelles autorités avancent un nombre de morts plus élevé, jusqu’à plus de 80.
