Sénégal. Soutien à Macky Sall: «C’est tout à fait normal», les Dakarois préfèrent la cohésion nationale

L'ancien président sénégalais Macky Sall a été reçu, le 17 juillet 2026 au palais présidentiel à Dakar, par son successeur Bassirou Diomaye Faye

Le 22/07/2026 à 15h34

VidéoEn recevant son prédécesseur Macky Sall en campagne pour le poste de secrétaire général de l’ONU, Bassirou Diomaye Faye a définitivement tourné la page des atermoiements quant au soutien officiel, ou non, du Sénégal à son ancien président sur lequel pèsent de lourdes accusations. À Dakar, les opinions divergent.

Le soutien officiel du Sénégal à Macky Sall qui a présidé aux destinées du pays de 2012 à 2024 semblait improbable il y a quelques mois. Depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau régime, les relations entre Macky Sall et les nouvelles autorités étaient marquées par de profondes divergences politiques.

L’ex-président est accusé par les nouvelles autorités d’avoir réprimé les manifestations de l’opposition entre 2021 et 2024, entraînant des dizaines de morts dans le pays. L’actuel pouvoir lui reproche également d’avoir dissimulé une partie importante de la dette qui plombe l’économie du pays.

À cela s’était ajouté un autre épisode qui avait suscité de nombreuses interrogations. Avant même d’obtenir l’appui officiel de Dakar, Macky Sall avait vu sa candidature portée par un autre État africain, le Burundi, un choix qui, selon plusieurs observateurs, avait été diversement apprécié au sommet de l’État sénégalais. Une situation qui avait nourri l’idée d’un refroidissement entre les deux camps.

Mais les lignes ont fini par bouger. De retour à Dakar, l’ancien chef de l’État a rencontré le président Bassirou Diomaye Faye afin de solliciter officiellement le soutien du Sénégal.

À l’issue de cette rencontre, l’État a décidé de soutenir sa candidature, privilégiant ce que les autorités présentent comme la défense des intérêts supérieurs de la nation.

Pour certains Sénégalais, cette décision était une évidence. Ils estiment qu’au-delà des divergences politiques, le Sénégal devait soutenir l’un de ses ressortissants dans une compétition internationale aussi prestigieuse.

El Hadji Diassé, citoyen sénégalais: «Je me réjouis du soutien de l’État. C’était tout à fait normal, l’État et les autorités ont fait ce qu’ils devaient faire. Il s’agit d’un candidat sénégalais, c’était donc un devoir pour notre État de soutenir la candidature de Macky Sall. Cela va contribuer au rayonnement du Sénégal sur le plan international. C’est l’un des grands avantages. On sait que le Secrétaire général de l’ONU dialogue avec les puissants de ce monde, et notre petit pays ne peut qu’en profiter.»

D’autres considèrent même que cette décision aurait pu intervenir bien plus tôt. À leurs yeux, les considérations politiques n’auraient jamais dû retarder un soutien qu’ils jugent naturel à un candidat sénégalais. Adama Gueye, citoyen sénégalais: «Je me félicite de la position de l’État du Sénégal. L’État a même tardé à le faire. Nous sommes tous des Sénégalais, ce pays nous appartient. Macky Sall est un fils du pays et, à ce titre, il a droit à notre soutien. Sa victoire sera la nôtre.»

Pour d’autres encore, le délai observé s’explique par le contexte politique particulièrement tendu entre l’ancien et le nouveau pouvoir. Mais ils estiment qu’en définitive, l’intérêt national devait finir par prendre le dessus.

Malick Ngom, citoyen sénégalais: «Il y a eu par le passé des différends entre les deux hommes, et les circonstances politiques expliquent ce choix tardif. Mais la situation s’est décantée au fil du temps. Ce soutien arrive à point nommé. Le peuple sénégalais a toujours su faire preuve d’union lorsqu’il s’agit des intérêts supérieurs du pays. Soutenir Macky Sall est ce qu’il y a de plus normal, et heureusement que le président Diomaye l’a compris.»

En apportant son soutien à Macky Sall, le président Bassirou Diomaye Faye tourne une nouvelle page dans les relations entre l’ancien et le nouveau pouvoir.

Au-delà des rivalités politiques qui ont marqué ces derniers mois, Dakar fait désormais le pari de l’unité nationale sur la scène internationale.

Reste à savoir si cette convergence autour de la candidature de l’ancien chef de l’État ouvrira la voie à un apaisement durable de la vie politique sénégalaise ou si elle ne restera qu’une parenthèse dictée par les enjeux diplomatiques.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 22/07/2026 à 15h34