Cameroun. De la chair de poulet contaminée aux métaux lourds? Une enquête qui n’est pas du goût des éleveurs

Le 25/10/2026 à 08h50

VidéoSix métaux lourds auraient été détectés dans du poulet et des œufs issus d’élevages camerounais. C’est le résultat d’une étude scientifique publiée par un groupe de chercheurs et qui fait polémique. Le gouvernement et plusieurs observateurs rejettent en bloc les résultats de ces travaux qui ont failli bouleverser les habitudes culinaires des citoyens.

Selon certains chercheurs de l’université de Yaoundé I et ceux de l’institut de de recherches médicales et d’études des plantes médicinales, sous la conduite du chercheur Fabrice De Paul Tatfo Keutchatang, des métaux lourds comme du plomb, du nickel, de l’arsenic, du cadmium, du chrome et du mercure ont été détectés dans les prélèvements de poulets de chair et d’œufs produits au Cameroun.

Les échantillons proviennent des principaux bassins de production dans le pays que sont les régions du centre, de l’ouest et du littoral. Les résultats ont récemment été rendus publics.

Ces chercheurs ont collecté 48 poulets et 180 œufs dans 12 sites, à raison de quatre exploitations par région. Quant aux analyses chimiques, elles ont porté sur 18 échantillons composites soit six de muscles, six de foie et six d’œufs.

Une étude qui met en relief la dangerosité des poulets et d’œufs mis sur le marché camerounais depuis 2015. Tant qu’il est prouvé que les métaux lourds contenus dans les aliments exposent les consommateurs aux risques élevés des cancers et d’autres pathologies.

A Yaoundé, plusieurs acteurs du domaine de l’élevage de la volaille s’inscrivent en faux contre cette étude comme le président de l’Interprofession avicole du Cameroun (Ipavic), François Djonou: «J’estime que cette étude mal menée. Comment expliquez-vous qu’une étude initiée en 2015 ne se soit intéressée que sur 48 poulets et 180 œufs alors que le Cameroun produit en moyenne 102 millions de poulets par an et près de 1,4 milliards d’œufs de table? En plus, leur étude relève avec beaucoup de difficultés, les seuils de dépassement des métaux lourds dans les aliments comme la volaille», a-t-il confié.

D’autres réseaux comme l’association des journalistes pour l’agriculture et le développement voient en cette étude, des manœuvres de certains importateurs visant à réintroduire du poulet importé au Cameroun.

Thierry Djoussi, président national de cette association, s’en explique «nous avons mené une petite enquête avec pour objectif d’avoir d’amples informations, et il en ressort qu’un lobby d’importateurs soutient cette initiative dans le but de réintroduire du poulet importé sur la table des consommateurs. D’ailleurs plusieurs importateurs ont négocié en vain avec le gouvernement qui ne s’est pas ouvert à leur sollicitation», a-t-il témoigné.

A noter que pendant la rédaction de cet article, toutes nos tentatives de requérir les avis du groupe des chercheurs auteurs de cette étude, se sont avérées infructueuses.

Par Jean-Paul Mbia (Yaounde, correspondance)
Le 25/10/2026 à 08h50