«Consommer les légumes produits après l’utilisation abusive d’engrais chimiques expose les consommateurs aux conséquences irréversibles», déclare sans ambages Angèle Sop, nutritionniste à l’hôpital de district d’Efoulan à Yaoundé.
En effet, la recherche de rendements agricoles plus importants peut inciter certains producteurs, notamment maraichers, de surdoser les engrais. Mais cette pratique n’est pas sans dangers pour l’ensemble de la chaîne, du champ à l’assiette du consommateur.
L’excès d’engrais azotés, les plus répandus, non absorbé par les plantes, est entraîné par la pluie vers les nappes phréatiques, polluant l’eau potable et d’irrigation et affaiblissant le microflore indispensables à une bonne croissance de la culture.
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Angèle Sop précise que «le problème survient lorsque cet usage est abusif et l’excédent du produit absorbé par la plante devient un danger pour l’environnement et notamment pour le consommateur qui pourrait souffrir d’insuffisances rénales, de troubles respiratoires et de plusieurs cas de cancer comme nous l’observons depuis un bon moment au Cameroun», a-t-elle martelé.
Une déclaration qui fait froid dans le dos lorsqu’on connait les techniques utilisées par les cultivateurs pour satisfaire leurs clients.
En effet, Presque tous les cultivateurs de Yaoundé et ses environs utilisent des engrais chimiques de manière abusive dans la perspective de raccourcir les délais de production, la demande étant forte dans la ville de Yaoundé.
Affairée à travailler sa parcelle non loin du quartier Nkolbisson, une cultivatrice dit pourquoi une double dose de fertilisants chimiques est parfois nécessaire «pendant la saison sèche, les clients demandent beaucoup de légumes à tel point que je n’arrive pas à satisfaire tout le monde, ce qui m’oblige à doubler la dose des engrais ce qui me permet de récolter et de vendre plus rapidement».
Autre parcelle, même recours aux engrais mais pour des raisons différentes «ce bout de champ ne m’appartient pas, je le loue à 60.000 Fcfa pour y cultiver des légumes. Pour pouvoir dégager des bénéfices qui me permettent de l’acquitter du loyer et nourrir mes enfants, je suis obligé d’utiliser des engrais chimiques sur les cultures en espérant des rendements plus importants».
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Le recours démesuré aux engrais chimiques est d’autant plus préoccupant que le secteur de l’agriculture vivrière est le premier pourvoyeur d’emplois du pays, soit près de 60% en 2020. Le Cameroun produit essentiellement du cacao, du coton, de la banane. La tomate est le leader du maraichage camerounais avec le piment, le poivron et la gombo.
Ainsi, naïvement ou happés par l’appât du gain, certains cultivateurs exposent les consommateurs et l’environnement aux lourdes conséquences. Contre l’appauvrissement des sols et les maladies incurables, il faut agir dans l’urgence.
