Cameroun. Installations vétustes, gouffre financier, production insuffisante... peut-on espérer une vie sans délestage?

Le 25/06/2026 à 11h48

VidéoEn 2025, la Cour des comptes révélait qu’entre 2018 et 2021, le nombre de délestage avait été multiplié par quatre. Depuis, et en dépit de la reprise des activités de la société publique de gestion de l’électricité, les coupures intempestives continuent de perturber le quotidien des citoyens, rendant les services de base difficiles d’accès.

Les Camerounais traversent des moments particulièrement difficiles. A Yaoundé comme dans d’autres grandes villes du pays et pire encore dans les zones enclavées, les populations ont de la peine à jouir de l’électricité.

La majorité de usagers pensent qu’il s’agit des effets de la transition entre l’ancienne gestion par un opérateur privée et la renationalisation de ce secteur.

Cette information ne semble pas fondée, comme le confirme le président national de la plateforme des entreprises du secteur de l’eau et de l’électricité, Bertrand Poh. «Les récentes coupures d’électricité ne sont pas causées par la renationalisation du secteur. Ces coupures découlent tout simplement des problèmes structurels chroniques hérités de la gestion privée que l’Etat s’attèle à redresser. Une fois ce redressement opéré, nous aurons moins de difficultés», a-t-il clarifié.

Il faut tout de même mentionner que les deux grandes centrales à gaz qui desservaient les régions du Centre, du Sud et de l’Est à 40% ne sont plus opérationnelles dû aux problèmes de fiscalité.

Le ministère des Finances appelle à la responsabilité de ces entreprises avant toute relance. Mais les problèmes de vétusté des infrastructures se posent aussi avec acuité, avec le réseau de transport et de distribution qui subit d’importantes déperditions d’énergie et des pannes fréquentes: «Certaines de nos infrastructures datent de près de 50 ans et avec l’augmentation de la demande en électricité, plusieurs machines deviennent incapables de supporter la charge, d’où des pannes à n’en plus finir», a déclaré un autre chef d’entreprise en sous-traitance avec l’Etat.

En mars 2025, la Cour des comptes révélait qu’entre 2018 et 2021, le nombre de délestages avait été multiplié par quatre. De plus, «la durée moyenne d’interruption est passée de 98,5 minutes en 2018 à 142,7 minutes en 2020, avant de redescendre à 43,7 minutes en 2021».

En cette même année 2025, le Cameroun a renationalisé la société de distribution de l’électricité Energy Cameroon détenue pendant une vingtaine d’années par des firmes étrangères.

Cette étatisation ne semble pas avoir réglé ce problème de délestage acer en à ces difficultés s’ajoutent les contraintes saisonnières de l’étiage qui affectent la production de l’électricité dans les barrages comme celui de Lagdo dans la région du Nord et le déséquilibre financier majeur que connait actuellement le secteur d’électricité au Cameroun.

En début d’année, chefs d’entreprise et gouvernement convenaient que «la crise d’approvisionnement électrique est une crise de modèle économique. Selon le ministre de l’Eau et de l’Énergie, ENEO subit un déficit mensuel de 13 milliards de FCFA. La dette cumulée de l’entreprise s’élèverait à 177 milliards de FCFA, alimentant une spirale qui pèse sur la qualité de service et, en bout de chaîne, sur la production industrielle."

Loin de ses considérations financières, les usagers se demandent si cette spirale prendrait fin un de ces jours.

Par Jean-Paul Mbia (Yaounde, correspondance)
Le 25/06/2026 à 11h48