Cameroun: l’urgence de faire respecter le secret médical

L'hôpital central de Yaoundé.

Le 19/05/2026 à 09h01

Vidéo«Il n’y a pas de soins sans confidences, de confidences sans confiance, de confiance sans secret» . C’est cette vision du respect de la personne malade que ne semblent pas partager, sans mauvaises intentions, plusieurs centres de santé camerounais. La société civile interpelle l’ensemble des acteurs de la santé publique afin de protéger le secret médical.

De nombreuses formations sanitaires au Cameroun n’hésitent pas à communiquer sur l’état de santé de certains de leurs patients; indiquant par exemple les heures d’entrée et de sortie de ces patients qui peuvent être parfois parmi des personnalités politiques, militaires ou publiques.

Cette communication, à en croire plusieurs experts en communication de crise, constitue un manquement grave à l’éthique et à la déontologie professionnelle dans le domaine médico-sanitaire.

Le dernier cas en date est édifiant. La mort d’un général d’armée a été annoncée sur les réseaux sociaux non pas par le ministère de la Défense mais par l’hôpital l’ayant accueilli quelques jours auparavant. La famille du militaire a vite démenti.

Une goutte d’eau de plus que Joseph Mbeng Mboum, journaliste spécialisé dans les questions scientifiques et directeur de publication du journal Échos Santé, n’a pas digérée: «C’est un acte irresponsable. Je crois qu’il est plus qu’urgent de créer des cellules de communication dans toutes les formations sanitaires et surtout de former des équipes à la communication de crise pour éviter de telles dérives. Il ne revient pas à une structure hospitalière publique ou privée de communiquer sur l’état de santé d’un individu. Cela expose le patient à toute sorte des violences», a-t-il déclaré.

Derrière ces propos du journaliste, se cache le besoin impérieux de faire respecter scrupuleusement le secret médical consacré par l’article 310 du code pénal camerounais: «Toute révélation d’une information confidentielle par un professionnel de santé, sans l’autorisation du patient, est punie d’un emprisonnement de trois mois à trois ans et d’une amende allant de 20.000 Fcfa à 100.000 Fcfa».

Mais pour l’enseignant en médecine Dr Abacar Méfiré, le secret médical est certes sans limite mais dans les démocraties avancées, il se dilue dans l’intérêt supérieur de l’État. Le cas où l’impératif de communiquer sur la santé d’un dirigeant d’un pays s’impose face au besoin de protéger sa vie privée.

Par Jean-Paul Mbia (Yaounde, correspondance)
Le 19/05/2026 à 09h01