Sur les routes ivoiriennes, chaque déplacement comporte une part de risque. À Abidjan comme sur les grands axes interurbains, les scènes d’accidents, les véhicules endommagés et les victimes prises en charge par les secours rappellent régulièrement la dangerosité de la circulation. Une situation qui suscite l’inquiétudes des automobilistes, motocyclistes, passagers des transports en commun et populations riveraines.
Pourtant, les efforts consentis par l’État sont considérables. Des milliards sont investis dans la modernisation du réseau routier, la construction de nouvelles voies, l’élargissement des principaux axes, la réalisation d’échangeurs, le bitumage des routes et la réhabilitation des infrastructures existantes. Le réseau routier ivoirien connaît une transformation importante.
À ces investissements s’ajoutent les campagnes de sensibilisation, les opérations de contrôle et les sanctions visant les conducteurs qui ne respectent pas le Code de la route. Mais malgré cet arsenal de mesures, l’insécurité routière demeure une préoccupation majeure.
«On ne comprends pas pourquoi les accidents de circulation se multiplient. Il faut que les autorités sévissent plus (…)», s’inquiète Adji Mathias, un riverain rencontré dans la rue.
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Les dernières statistiques officielles lui donne raison. Elles témoignent de la persistance du phénomène et relancent le débat sur la responsabilité des usagers, l’inefficacité des mesures de répression et les solutions à envisager pour préserver les vies humaines.
Selon le ministère des Transports et des Affaires maritimes, 519 accidents corporels ont été enregistrés entre le 1er janvier et le 11 février 2026, occasionnant 164 décès et 1 934 blessés... Un seulement un peu plus d’un mois. Cela représente une moyenne d’environ quatre personnes tuées chaque jour sur les routes ivoiriennes.
Plus récemment, les statistiques présentées par les autorités dans le cadre du Conseil national de sécurité du 17 septembre 2026 ont également révélé une évolution préoccupante. Le nombre d’accidents a été de 1549 en juillet et 1657 en août (+7%). Une nouvelle hausse qui souligne la difficulté à installer durablement une véritable discipline sur les routes.
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Dans la capitale abidjanaise, cette réalité nourrit les inquiétudes quotidiennes des usagers. Pour de nombreux automobilistes, les comportements à risque constituent la principale menace. Excès de vitesse, dépassements dangereux, circulation à contresens, non-respect des feux tricolores et usage du téléphone au volant sont autant de pratiques régulièrement dénoncées, comme le défaut de permis de conduire. Les motocyclistes, quant à eux, sont souvent pointés du doigt pour leur circulation entre les véhicules et le non-port du casque.
Les témoignages des usagers traduisent cette inquiétude. «Depuis que les routes se sont améliorées, on ne sait plus si l’on va arriver à destination sans problème quand on monte dans un véhicule. Certains conducteurs roulent comme s’ils étaient seuls sur la route. Ils ne respectent ni les feux ni les priorités. Au volant il y a des jeunes, parfois adolescents… Il faut vraiment que chacun prenne conscience du danger», déplore M. Agora, à bord de son véhicule.
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Même préoccupation chez les passagers des transports en commun. Certains disent redouter les accélérations brusques, les dépassements risqués et la recherche permanente de clients par certains conducteurs de minicars et de taxis. «Quand je monte dans un gbaka, je suis parfois obligé de demander au chauffeur de ralentir. Il faut que nous puissions voyager sans avoir peur de perdre la vie à chaque trajet», confie une usagère.
Les unes et les autres reconnaissent toutefois que des résultats encourageants peuvent être obtenus lorsque les mesures de contrôle sont effectivement appliquées. L’opération «Tolérance Zéro», lancée en 2026, en constitue une illustration. Selon le bilan présenté le 22 avril par la Direction générale des Transports terrestres et de la Circulation et la Préfecture de police d’Abidjan, le nombre d’accidents est passé de 6318 à 5591 entre les deux périodes comparées, soit une baisse de 12%. Les décès ont également diminué de 43 à 30, tandis que le nombre de blessés est passé de 1 456 à 1146. Une évolution positive qui démontre l’intérêt de la répression, mais dont les résultats restent à consolider.
A cela d’autres plaident pour des sanctions plus sévères contre les récidivistes «Il faut les autorités sanctionnent plus et renforcent les campagnes de sensibilisation», recommande encore Adji Mathias. L’entretien mécanique des véhicules, la vérification des pneus, des freins et des éclairages devraient également faire l’objet d’une attention particulière.
D’autres estiment que la solution passe nécessairement par une éducation routière plus soutenue. Ils proposent de multiplier les séances de sensibilisation dans les établissements scolaires, les gares routières, les entreprises de transport et les lieux publics. Pour eux, le respect du Code de la route doit devenir un réflexe citoyen et non une obligation que l’on observe uniquement en présence des forces de l’ordre.
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Reste donc à transformer les efforts engagés en résultats durables. Car, au-delà des statistiques, chaque accident représente une famille endeuillée, un avenir brisé ou une vie bouleversée par un handicap. Si l’État a un rôle essentiel à jouer dans l’amélioration des infrastructures, le renforcement des contrôles et la prévention, la responsabilité individuelle des conducteurs demeure tout aussi déterminante.
Sur les routes ivoiriennes, le véritable défi n’est pas seulement de construire des voies modernes ou de sanctionner les mauvais comportements, mais bel et bien de sauver des vies. Une ambition qui exige une mobilisation collective et permanente. Car aucune infrastructure, aussi moderne soit-elle, ne saurait protéger durablement les usagers face à l’imprudence et à l’incivisme. La sécurité routière doit avant tout devenir une affaire de conscience et de responsabilité, pour tous.
