Le lac Tchad, vaste étendue d’eau et de marécages située entre le Nigeria, le Cameroun, le Niger et le Tchad, s’est transformé depuis 2009 en bastion jihadiste, abritant à la fois des combattants de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP).
«Il est difficile d’estimer le nombre de morts, car l’opération est toujours en cours», a déclaré un membre d’un groupe d’autodéfense antijihadiste qui souhaite garder l’anonymat.
Selon lui, des avions de chasse tchadiens bombardent depuis vendredi des îles du lac Tchad appartenant au Niger et contrôlées par Boko Haram, près de la frontière tchadienne, à la suite d’une récente attaque de Boko Haram contre l’armée tchadienne.
«Les bombardements ont causé de lourdes pertes parmi les pêcheurs nigérians qui pêchent dans la zone avec l’autorisation de Boko Haram, après leur avoir payé un impôt», a-t-il expliqué. «Les frappes visaient la lointaine île de Shuwa, où se rejoignent les frontières lacustres du Nigeria, du Niger et du Tchad. Shuwa est un bastion de Boko Haram et un centre de pêche qui attire des pêcheurs venus du Nigeria».
Un responsable du syndicat des pêcheurs du lac Tchad a déclaré de son côté que «40 pêcheurs nigérians sont portés disparus et seraient probablement morts noyés à la suite des frappes, selon les pêcheurs qui ont réussi à s’échapper».
«Beaucoup de personnes ont été tuées. La plupart des victimes des frappes aériennes viennent de la ville de Doron Baga, sur les rives nigérianes du lac, ainsi que de l’État (nigérian) de Taraba», a raconté Adamu Haladu, pêcheur originaire de la ville nigériane de Baga.
«Ce n’est pas un secret que les pêcheurs nigérians paient un impôt à Boko Haram pour accéder à ces îles isolées riches en poissons», a-t-il confirmé.
L’armée tchadienne n’a pas encore communiqué sur le sujet.
Civils touchés par des frappes
Ce n’est pas la première fois que l’armée tchadienne est accusée d’avoir bombardé des pêcheurs nigérians alors qu’elle visait des jihadistes de Boko Haram.
En octobre 2024, elle avait été critiquée pour avoir tué des dizaines de pêcheurs nigérians lors d’une frappe aérienne de représailles contre Boko Haram sur l’île de Tilma, sur le lac Tchad. L’attaque visait des jihadistes qui avaient tué 40 soldats tchadiens, mais des témoins ont affirmé que les frappes ont atteint par erreur des pêcheurs. L’armée tchadienne a nié avoir ciblé des civils innocents lors de cette frappe aérienne.
L’insurrection jihadiste a fait plus de 40.000 morts et deux millions de déplacés dans le nord-est du Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, selon l’ONU.
Elle s’est étendue ces dernières années dans les zones limitrophes au Niger, au Cameroun et au Tchad.
En 2015, pour combattre les groupes jihadistes autour du lac, le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger avaient réactivé une «force multinationale mixte» créée en 1994.
Le Niger a quitté cette force régionale en 2025, tant les relations tendues entre États en son sein ont fragilisé la lutte antijihadiste.
