Guinée. Il était une fois le conte qui essaie de renaître de ses cendres, le soir autour d’un feu

Des conteurs pour reconnecter la jeunesse à ses racines.

Le 10/05/2026 à 13h51

VidéoAutrefois au cœur de l’éducation et de la transmission culturelle en Afrique, le conte s’efface peu à peu face aux influences modernes. Pourtant, quelques initiatives tentent de le raviver en réunissant les jeunes autour de la parole des anciens et de la richesse de la tradition orale.

La nuit tombe doucement. Autour d’un feu de bois qui crépite, des jeunes assis en cercle retiennent leur souffle. Au centre, un conteur capte toute leur attention, suspendant le temps à chacune de ses paroles. Voilà une scène devenue rare aujourd’hui, à l’heure où le numérique prend de plus en plus de place dans les pratiques culturelles.

En Guinée, malgré tout, certaines voix continuent de faire vivre le conte, véritable pilier de l’éducation et de la transmission. Ces souvenirs restent profondément ancrés chez beaucoup, à l’image de Boubacar Diallo, artiste, qui partage cet héritage remis en lumière à l’occasion du festival des arts et du rire de Labé: «Je me dis que c’est quelque chose qu’on a tendance à abandonner à notre époque. J’ai grandi au village avec ma grand-mère qui me disait des contes avant de m’endormir. Dans chaque histoire, il y a toujours une leçon à retenir. Et le fait de revivre ça aujourd’hui, c’est une grande émotion pour moi».

Mais aujourd’hui, cette pratique tend à disparaître, emportant avec elle une précieuse richesse éducative et culturelle. Les conteurs, autrefois figures centrales des communautés, se font de plus en plus rares, tandis que la transmission entre générations s’estompe.

Pour Thierno Daouda Diallo, humoriste et conteur, il est urgent de renouer avec cette tradition et d’en tirer toute la sagesse. «Nous avons de jeunes talentueux, des griots mais qui ne sont pas mis en valeur. J’ai dit aux jeunes de se concentrer sur notre tradition. On ne peut pas connaître la tradition si on ne se rapproche pas de nos vieillards. Amadou Hampâté Bâ a d’ailleurs dit qu’un vieillard qui meurt en Afrique, c’est une bibliothèque qui brûle».

Face à ce constat, des initiatives émergent timidement pour préserver cet art ancestral. Veillées, rencontres culturelles et projets éducatifs tentent de redonner au conte sa place dans la société contemporaine. L’enjeu est de reconnecter la jeunesse à ses racines et redonner du sens à une tradition trop souvent négligée.

Comme le rappelle Boubacar Diallo «c’est la meilleure manière de promouvoir notre culture, notre identité et surtout de faire comprendre à cette nouvelle génération que nos cultures sont le fruit d’un précieux héritage très ancien. Chaque culture est porteuse de message d’éducation, de sensibilisation sur des sujets divers».

Entre mémoire et modernité, le conte guinéen cherche ainsi un nouveau souffle. Et autour de quelques feux encore allumés, des voix continuent de transmettre cette parole précieuse, dans l’espoir qu’elle ne s’éteigne jamais.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 10/05/2026 à 13h51