À Kigali, difficile de parcourir quelques centaines de mètres sans croiser un taxi-moto. Avec près de 25.000 moto-taxis qui sillonnent quotidiennement les rues de la capitale, ces deux-roues constituent l’un des principaux moyens de transport de la capitale rwandaise. À l’échelle du pays, environ 70.000 motos sont exploitées comme taxis.
Désormais, le secteur est engagé dans une profonde réforme: après avoir imposé des règles strictes en matière de sécurité et d’identification des conducteurs, les autorités misent sur l’électrification progressive de la flotte afin de rendre cette activité plus durable et plus rentable.
Arrivé au Rwanda en 2021, l’Ivoirien Joseph Djedje Damien reconnaît avoir été surpris dès ses premiers jours dans le pays. «Ce qui m’a impressionné, c’est leur organisation. Ils avaient déjà des compteurs pour fixer le prix des trajets, chaque motard porte une chasuble et ils ont l’obligation d’avoir un deuxième casque pour le client.»
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Pour lui, cette organisation renforce aussi la confiance des usagers. Chaque conducteur est facilement identifiable grâce au numéro figurant sur sa chasuble, un dispositif qui facilite le suivi en cas d’incident. «En cinq ans, je n’ai eu qu’un seul problème avec un chauffeur», raconte-t-il, estimant que le respect des règles contribue largement au sentiment de sécurité.
Derrière cette organisation se cache également une évolution du métier. Pour de nombreux jeunes, le taxi-moto représente aujourd’hui une véritable activité professionnelle plutôt qu’un simple emploi de circonstance.
«Le métier de chauffeur de taxi-moto constitue, pour nous qui sommes de jeunes non diplômés, un moyen d’insertion sociale qui nous permet de vivre avec dignité», explique Samuel Byiringiro. «Cette profession m’offre la perspective d’un avenir plus prometteur.»
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Le secteur s’ouvre également progressivement aux femmes, encore peu nombreuses mais de plus en plus visibles sur les routes de Kigali. Passionnée de moto depuis son enfance, Blanche Dusengimana raconte avoir dû faire face aux préjugés en intégrant une profession largement dominée par les hommes.
«Beaucoup ont essayé de me décourager, mais les encouragements des clients m’ont donné la force de continuer», explique-t-elle. Aujourd’hui, elle voit son parcours comme la preuve que les mentalités évoluent progressivement.
Au-delà du métier lui-même, les coopératives jouent un rôle essentiel dans la structuration du secteur. Elles assurent notamment l’accompagnement administratif des conducteurs, facilitent l’accès aux documents nécessaires pour exercer légalement, représentent les chauffeurs auprès des autorités et négocient des partenariats avec des banques ou des entreprises pour faciliter l’acquisition de nouveaux véhicules.
Cette professionnalisation accompagne une autre transformation majeure: la transition vers les motos électriques. Depuis janvier 2025, Kigali n’autorise plus l’immatriculation de nouveaux moto-taxis à moteur thermique, une mesure destinée à accélérer la mobilité propre.
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Pour les conducteurs, l’intérêt est aussi économique: les entreprises du secteur estiment qu’une moto électrique permet de réduire les coûts d’exploitation d’environ 40%, notamment grâce au remplacement du carburant par des batteries échangeables.
À travers cette combinaison de réglementation, d’organisation professionnelle et d’innovation technologique, le modèle rwandais attire désormais l’attention de plusieurs villes africaines confrontées aux défis de la mobilité urbaine.
Plus qu’un simple moyen de transport, le taxi-moto devient ainsi un révélateur de la manière dont une activité largement informelle peut évoluer vers un service structuré, sécurisé et mieux intégré au développement des villes africaines.
