Libreville: sous une pluie battante, la démolition de 430 maisons détruit le moral des familles déracinées

Le 08/11/2026 à 11h50

VidéoLa poursuite des démolitions dans les emprises des futurs projets routiers du Grand Libreville plonge des centaines de familles dans la précipitation. Entre indemnisations tardives, déménagements sous une pluie battante et compensations jugées insuffisantes, l’opération suscite l’incompréhension des sinistrés, malgré l’ambition affichée par les autorités de moderniser les infrastructures de la capitale.

C’est une matinée que Désiré Ndong n’est pas près d’oublier. Ce mercredi 4 novembre 2026, sous une pluie persistante, les pelleteuses ont commencé à gronder dans les quartiers Okala, Lac Bleu et Diba-Diba, situés dans le 1er arrondissement de Libreville.

Le vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, a lui-même supervisé le lancement de ces opérations de démolition, donnant le coup d’envoi d’une phase longtemps annoncée mais dont le calendrier semble avoir pris de court les populations concernées.

Au total, 430 habitations sont touchées par cette opération de libération des emprises destinées aux futurs projets routiers du Grand Libreville, un programme qui englobe les communes de Libreville, Ntoum, Owendo et Akanda. Selon les données gouvernementales, 69 habitations sont concernées à Okala, dont seulement 14 disposent de titres fonciers , 183 constructions à Lac Bleu et 178 à Diba-Diba.

Le gouvernement a mobilisé 1.811.532.980 FCFA pour dédommager 139 familles touchées par le projet routier de Diba-Diba. Le ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, a procédé à la remise des chèques ce mercredi, en présence de la gouverneure de la province de l’Estuaire. Une enveloppe de plus de 1,8 milliard de FCFA censée permettre aux ménages de recevoir une compensation avant la poursuite des travaux.

«Nous sommes tellement dépassés. On ne s’y attendait pas à cette précipitation. Personne n’était prêt à déménager sous la pluie avec un temps qui n’est pas clément», témoigne Désiré Ndong, déguerpi. Et d’ajouter: «tous les déguerpis n’ont pas reçu les indemnisations au même moment. Certains les ont reçues à 2h du matin, d’autres le lendemain.»

«Que faire avec 1,5 million ?»

Au-delà du timing, c’est le montant des compensations qui cristallise les tensions. «Les compensations ne sont même pas à la hauteur de nos attentes. Il y a des familles qui se retrouvent avec trois, deux et même 1,5 million. Qu’est-ce qu’on peut faire avec cette somme? Déjà qu’elles sont arrivées tard alors que certains avaient déjà entrepris le déménagement sous la pluie et à leurs propres frais», dénonce Alain Minko, autre habitant déguerpi.

La détresse est d’autant plus grande que certains ménages n’ont pas eu d’autre choix que de chercher refuge auprès de proches, dans la nuit et sous la pluie. Une situation qui pose la question des mesures d’accompagnement promises par l’État.

Pour Junior Dipama, la journée du 4 novembre restera synonyme de chaos. «L’État avait certes annoncé les casses à partir du 4 novembre. Mais c’était une annonce sans mesures d’accompagnement. Déménager sous la pluie, c’est vraiment compliqué comme vous pouvez le constater. Moi, je ne suis pas allé à l’école aujourd’hui», confie-t-il, résumant la désorganisation complète de la vie quotidienne de ces familles.

Le programme de modernisation des infrastructures routières du Grand Libreville représente un enjeu stratégique pour l’agglomération, confrontée à des défis croissants de mobilité et d’urbanisme. Mais sa mise en œuvre révèle un décalage persistant entre les ambitions gouvernementales et les réalités vécues par les populations.

Entre indemnisations remises dans la précipitation, compensations jugées insuffisantes et absence de solutions de relogement visibles, l’opération de libération des emprises laisse un goût amer à ceux qui paient le prix de la modernisation.

Si le gouvernement affiche sa volonté d’accélérer les chantiers, il devra aussi convaincre que la transformation urbaine ne se fait pas au détriment des plus vulnérables.

Une chose est sûre: à Okala, Lac Bleu et Diba-Diba, les stigmates de cette journée pluvieuse resteront longtemps gravés dans les mémoires des 430 familles qui ont dû quitter leurs maisons dans l’urgence, sans toujours savoir de quoi demain sera fait.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 08/11/2026 à 11h50