Fatimata Hamady Bâ, une jeune dame de 33 ans, mère de trois enfant, a été retrouvée morte dans des conditions suspectes à Dar Naim, une commune de la banlieue Nord de Nouakchott le week-end dernier.
Le procureur de la république, Cheikh Bay El Seyed, a annoncé vendredi dernier, au cours d’une conférence de presse, qu’une enquête avait été ouverte immédiatement après la découverte du corps qui a permis l’arrestation au Sénégal d’une personne qui se trouvait avec la victime dans l’appartement où le corps a été retrouvé, sans plus de détails.
Les résultats d’une autopsie préliminaire de la victime n’ont «révélé aucune blessure ni trace de violence sur la corps», a affirmé, lors d’une conférence de presse, le directeur de l’hôpital national de Nouakchott, le médecin colonel Cherif Ould Min.
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Toutefois, des éléments jugés «choquants» ont été découverts lors des rites de lavage funéraire, notamment des fractures au niveau du crâne, du cou et des membres. Ces blessures ne figuraient pas dans le rapport préliminaire d’autopsie.
Des contradictions qui ont poussé la famille de victime de suspendre l’inhumation et de transférer le corps au Centre national hospitalier exigeant une nouvelle autopsie afin de faire toute la lumière sur les circonstances du décès.
La famille, les organisations de défense des femmes et des jeunes filles, les ONG de protection des droits humains et une grande partie de l’opinion, estiment que cette nouvelle s’ajoute à la longue liste des féminicides enregistrés en Mauritanie ces dix dernières années.
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Des voix s’élèvent pour réclamer que justice soit rendue et pour adapter la législation de protection des femmes à l’évolution d’une société de plus en plus exposée et vulnérable.
Le Forum National des Organisations de Droits Humains (FONADH) qui regroupe une vingtaine d’associations, parle «d’un meurtre présumé, un acte de violence odieux, qui interroge profondément sur notre société et nous interpelle sur la sécurité des femmes et des jeunes filles en Mauritanie».
Le collectif appelle «à une autopsie impartiale et crédible, une contre expertise médicale réalisée en présence d’un représentant de la famille de la défunte».
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Par ailleurs, le Fonadh estime que ce «drame rappelle l’urgence de l’adoption de la loi “Karama” en souffrance depuis plus d’une décennie, pour renforcer la lutte contre les violences touchant aux femmes et aux jeunes filles».
Salimata Sy, président de l’Association Mauritanienne pour la Promotion de l’Éducation des Filles (AMPEF) «interpelle les autorités. Les armes de la société civile, ce sont nos voix pour faire des déclarations et organiser des marches de protestation. Mais nous savons que cela ne suffit pas. Face au problème de cette jeune femme, il y a un vide, une insuffisance de la législation protégeant les femmes. Cette affaire requiert, une mobilisation à la fois communautaire et politique».
Cette militante de la société civile revendique une action plus constante de l’Etat, mais aussi de l’Observatoire des Droits des Femmes et des Filles (NDFF), pour prendre en charge la question des violences récurrentes contre les femmes.
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Khadi Diallo, de l’association des femmes cheffes de familles (AFCF), déplore «un assassinat et réclame justice pour Fatimata Hamady Bâ. Nous avons entendu beaucoup de rumeurs par rapport à cette pénible affaire. On nous parle de la loi Karama, qui n’a jamais été votée».
