Nigeria: plus de 100 civils tués dans des frappes aériennes et attaques de bandes criminelles

Des membres du groupe Boko Haram.

Le 12/05/2026 à 08h18

L’armée nigériane et des bandes criminelles (appelées localement «bandits») qu’elle combat ont tué plus de 100 civils dimanche, selon des sources contactées à travers le pays par l’AFP, lors de l’une des journées les plus meurtrières du conflit contre ces groupes armés.

L’armée nigériane a tué au moins 72 personnes, dont de nombreux civils, lors d’un bombardement sur le marché très fréquenté de Tumfa, dans l’État de Zamfara (nord-ouest), a indiqué à l’AFP Garba Ibrahim Mashema, précisant que certains corps étaient «méconnaissables».

«Des habitants des communautés de Kwashabawa, Birane, Kware, Gangara et Manawa ont été touchés par la frappe», a ajouté ce chef communautaire.

«Jusqu’à présent, nous avons collecté 72 corps» et «les blessés ont été transportés vers les hôpitaux des villes de Zurmi et Shinkafi», a-t-il précisé.

La branche nigériane d’Amnesty International a elle fait état d’«au moins 100 civils» tués, tandis qu’Aliyu Musa, un habitant de la ville, a avancé un bilan de 117 morts.

«117 corps ont été récupérés et plus de 80 personnes ont été blessées. Les chiffres pourraient augmenter à mesure que la situation devient plus claire», a-t-il dit.

«Pour être franc, le marché de Tumfa est sous le contrôle des bandits. C’est leur bastion: toute personne qui s’y rend sait qu’elle entre sur leur territoire», a souligné M. Musa.

Dans un communiqué dimanche, l’armée a indiqué avoir mené des opérations terrestres et aériennes «à la suite de renseignements crédibles indiquant une réunion de haut niveau de chefs et commandants terroristes notoires» dans cette région.

«Les rapports de renseignement ont confirmé que les terroristes s’étaient rassemblés dans un lieu dissimulé du village de Tumfa» et une frappe a «détruit avec succès la structure servant de point de rassemblement aux terroristes», a-t-elle ajouté.

Frappes militaires aériennes

Interrogé par l’AFP, le général de division Michael Onoja, porte-parole de l’état-major de la Défense, a qualifié de «fausses» les informations faisant état de civils tués dans l’État de Zamfara.

Comme plusieurs autres États du nord-ouest et du centre du Nigeria, Zamfara est en proie depuis des années aux violences de groupes criminels armés appelés localement «bandits», spécialisés dans le vol de bétail et les enlèvements contre rançon.

Ces groupes, sans idéologie affichée, mènent régulièrement des raids sanglants dans les villages, tuent des habitants, incendient des maisons après les avoir pillées.

Il s’agit de groupes armés qui ont parfois affronté des jihadistes, mais aussi collaboré avec eux contre des cibles communes.

Au cours de la même journée dimanche, au moins 13 civils ont été tués par une frappe aérienne de l’armée dans l’Etat du Niger (centre-nord), ont indiqué à l’AFP des habitants, l’armée affirmant de son côté avoir visé des «terroristes».

«Ce n’était pas intentionnel. Je présente mes condoléances aux familles des victimes, nous leur demandons pardon pour ce qui s’est passé», a expliqué le président du conseil de la zone de gouvernement local de Shiroro, Isyaku Bawa.

Un habitant, John Ezra, du village de Kusasu, a affirmé que les villageois «n’étaient pas proches de la cache des terroristes, mais nos maisons ont été bombardées».

Des «bandits» ont par ailleurs tué dimanche 30 voyageurs sur l’axe routier Magami-Dansadu, dans ce même État de Zamfara, selon un rapport sécuritaire préparé pour l’ONU et consulté lundi par l’AFP.

Les informations concernant le bilan des opérations de l’armée nigériane et des attaques des groupes armés qu’elle combat mettent souvent plusieurs jours à émerger des zones rurales isolées.

Dans le passé, des frappes aériennes ont déjà coûté la vie à des civils au Nigeria. Les enquêtes qui s’ensuivent n’aboutissent généralement à aucun résultat concret.

En avril, le gouvernement avait annoncé avoir ordonné l’ouverture d’une enquête après qu’une telle frappe ciblant des jihadistes, avait fait au moins 56 morts sur un marché très fréquenté à Jilli, dans le nord-est du pays.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 12/05/2026 à 08h18