Sénégal: entre histoire et modernité, les gares centenaires de Dakar et Rufisque résistent au temps

La gare ferroviaire de Dakar.

Le 11/05/2026 à 08h15

VidéoÀ Dakar comme à Rufisque, le temps semble parfois suspendu devant les anciennes gares ferroviaires. Derrière leurs façades imposantes, leurs balcons d’époque et leurs lignes architecturales héritées de la période coloniale, ces bâtiments continuent de raconter une partie essentielle de l’histoire du Sénégal.

Malgré les rénovations apportées avec l’arrivée du Train Express Régional, l’âme de ces infrastructures est restée intacte. Un choix assumé pour préserver un patrimoine historique désormais protégé et valorisé.

Construite en 1914, la gare de Dakar fut, pendant des décennies, le cœur du réseau ferroviaire Dakar-Niger. Bien avant l’indépendance, elle symbolisait déjà le développement économique et les échanges commerciaux de toute l’Afrique occidentale française. Même destin pour la gare de Rufisque, autrefois carrefour stratégique du commerce arachidier, reliant le port aux régions intérieures du pays.

Après des années d’abandon et de déclin du rail au profit de la route, ces deux édifices ont retrouvé une seconde vie grâce au projet de TER lancé en 2019.

Aujourd’hui encore, leurs murs chargés d’histoire fascinent habitants, voyageurs et touristes. Beaucoup y voient bien plus qu’une simple gare: un héritage à transmettre aux générations futures.

Pour Amadou Diallo, habitant de Dakar, conserver cette architecture d’origine est une nécessité pour préserver la mémoire collective. Selon lui, ces infrastructures constituent un véritable livre d’histoire à ciel ouvert. «En laissant telle quelle l’architecture de la gare de Dakar, on cherche à sauvegarder un patrimoine. Comme vous le savez sans doute, l’UNESCO a retenu certaines infrastructures datant d’avant les indépendances, comme les gares de Dakar et de Rufisque, pour en faire des patrimoines historiques classés. C’est ce qui explique leur aspect d’antan, et c’est une bonne chose pour nos enfants nés après les indépendances de savoir que cette gare est un patrimoine.»

Même constat chez Moustapha Fall. Habitué des lieux, ce voyageur estime que la beauté architecturale des gares constitue aujourd’hui une attraction à part entière. Entre histoire et esthétique, les bâtiments continuent de captiver les visiteurs. «Je trouve que c’est bien parce que cela date de l’époque coloniale. Il y a certes des réaménagements et même des reconstructions par endroits, mais l’architecture est sauvegardée et cela nous renseigne sur le mode de vie et de construction des anciens. La gare est magnifique et symbolique, et certaines personnes viennent ici juste pour prendre des photos.»

Classées parmi les monuments historiques du Sénégal, les gares de Dakar et de Rufisque incarnent désormais le dialogue entre passé et modernité. Le Vieux Rufisque figure même depuis 2005 sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO, preuve de la valeur exceptionnelle de ce patrimoine urbain et architectural.

Pour Victor Hugo Manga, voyageur, cette conservation permet surtout de maintenir un lien entre les anciennes générations et celles d’aujourd’hui, dans un contexte marqué par une modernisation rapide des infrastructures. «Tous ceux qui passent par ici quotidiennement, résidents comme étrangers, découvrent ce joyau ancestral et peuvent en demander l’histoire. Aujourd’hui, avec l’arrivée du TER, c’est une bonne chose de laisser ce pan de notre histoire pour permettre aux enfants et aux élèves de savoir comment vivaient leurs grands-parents et de se rendre compte de toute l’évolution qui a été accomplie.»

Entre modernité du TER et charme des bâtisses centenaires, les gares de Dakar et de Rufisque continuent ainsi de traverser les époques sans perdre leur identité. Plus que de simples points de départ ou d’arrivée, elles demeurent les gardiennes silencieuses d’une mémoire collective que le Sénégal refuse de laisser disparaître.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 11/05/2026 à 08h15