Sénégal. L’épargne solidaire au féminin: l’intérêt de se passer des banques expliqué par les bénéficiaires

Des femmes réunies à Dakar dans le cadre d'une association d'épargne et de crédit.

Le 28/10/2026 à 11h13

VidéoAutour d’une caisse commune, des femmes perpétuent une pratique fondée sur l’épargne, la confiance et la solidarité. Bienvenue dans l’univers des associations villageoises d’épargne et de crédit. Un mécanisme proche de la tontine traditionnelle mais qui se distingue par sa souplesse.

«Nous avons adopté le système des associations villageoises d’épargne et de crédit qui permet aux femmes de mettre régulièrement de l’argent de côté et de bénéficier, lorsqu’elles en ont besoin, de prêts remboursables. Nous fixons ensemble une date pour l’ouverture de la caisse et le partage des fonds. À cette échéance, chaque membre récupère son épargne, à laquelle peuvent s’ajouter les bénéfices générés par les intérêts des prêts. Entre-temps, celles qui rencontrent des difficultés financières peuvent emprunter de la caisse commune», explique Gamou Gueye, présidente d’un groupement féminin.

Grâce à ce système, qui permet d’évite de recourir aux banques, les membres se soutiennent mutuellement monnayant des intérêts modestes. «Une partie des bénéfices nous permet également d’acheter des vêtements» ajoute Gamou Gueye.

Cependant, la somme qu’une membre de l’association est en fonction de la trésorerie disponible en caisse et de la régularité de ses cotisations. Si, par exemple, la caisse doit durer un an et que cette personne cotise habituellement 5.000 FCFA par semaine, elle pourra obtenir jusqu’à 260.000 FCFA de prêt remboursable à un taux très faible.

Au fil des années, cette forme de financement communautaire s’est imposée comme un précieux instrument d’entraide au Sénégal. Accessible, flexible et fondée sur la confiance, elle séduit des femmes, mais aussi certains hommes.

Pour ses adeptes, qui préfèrent parfois conserver l’anonymat, son principal avantage réside dans la possibilité de faire face aux difficultés financières sans s’engager dans des procédures bancaires contraignantes. Une liberté particulièrement appréciée par celles qui en ont fait l’expérience.

«On ne nous impose ni des taux d’intérêt exorbitants ni des garanties qui pourraient mettre en péril nos maisons ou nos autres biens. C’est une formule particulièrement avantageuse. Il nous arrive de solliciter un prêt à des heures tardives et, lorsque la caisse le permet, nous obtenons rapidement l’argent nécessaire, dans la plus grande discrétion. C’est un système qui nous rassure et nous facilite considérablement la vie», souligne Ndeye Arame Thiam, adhérente.

Car au-delà de l’épargne, c’est surtout la capacité à répondre aux urgences du quotidien qui fait la force de ce dispositif. Dépenses imprévues, rentrée scolaire, fêtes religieuses ou obligations familiales: autant de charges qui peuvent fragiliser les budgets des ménages. Ici, pas de longues files d’attente ni de dossiers interminables.

La proximité entre les membres et la simplicité des formalités permettent, sous réserve des fonds disponibles, de trouver rapidement une solution. Une souplesse qui fait toute la différence, comme l’explique encore la présidente du groupement.

«Nos maris ne refusent pas de nous soutenir financièrement, mais ils n’en ont pas toujours les moyens. C’est précisément là que le système des associations prend toute son importance. Il nous permet de faire face aux imprévus, mais aussi aux grandes dépenses familiales, notamment à l’approche de la Tabaski ou de la rentrée scolaire. Contrairement aux procédures bancaires, nous n’imposons pas de formalités compliquées. Pour bénéficier d’un prêt, nous demandons simplement une photocopie d’une pièce d’identité. Tout repose sur la confiance, la solidarité et le respect des engagements», explique Gamou Gueye, présidente d’un groupement féminin.

Derrière ces modestes cotisations se dessine une ambition bien plus grande, celle de femmes déterminées à conquérir leur autonomie financière sans renoncer aux valeurs de solidarité.

Une épargne après l’autre, elles bâtissent leur propre filet de sécurité, loin des guichets bancaires. La preuve qu’avec peu de moyens, mais beaucoup de confiance, la solidarité peut devenir un véritable levier d’émancipation économique.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 28/10/2026 à 11h13