Dans le vacarme des marteaux et la chaleur des fours, Khadim Séye défend avec fierté la qualité des marmites artisanales fabriquées localement. Selon lui, derrière chaque pièce se cache un travail minutieux qui garantit solidité et sécurité pour les consommateurs.
«Nous fabriquons de bonnes marmites grâce à un travail de moulage. C’est difficile à faire, il y a parfois des fissures et nous reprenons le travail, le résultat est alors plus solide. Les produits importés sont fabriqués avec des machines, c’est léger. Nos marmites passent par le feu, ce qui renforce leur solidité. Elles permettent aussi de mieux cuire les repas sans les brûler, contrairement aux marmites importées où les aliments s’enfument facilement parce qu’elles sont trop légères.»
Face à la concurrence étrangère, les artisans disent résister tant bien que mal, malgré des moyens limités et une production artisanale incapable de rivaliser avec les grandes chaînes industrielles.
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Pape Léye, forgeron: «Nous sommes toujours en activité malgré les difficultés. Les produits importés sont plus nombreux parce qu’avec leurs machines, ils réalisent plusieurs pièces en même temps. Mais nous faisons plus de qualité qu’eux.»
Dans certains ateliers, le manque de matériel et de matières premières freine la production. Les artisans réclament davantage de soutien pour moderniser leur activité. Mbaye Mbow, forgeron et soudeur dit manquer de matières premières «Nous demandons plus de moyens, des machines, mais aussi de la matière première comme le fer et l’aluminium. Avec cela, nous nous en sortirions beaucoup mieux.»
D’autres artisans vont encore plus loin et dénoncent une concurrence qu’ils jugent déloyale. Pour eux, les ressources locales profiteraient davantage aux industriels étrangers qu’aux artisans sénégalais eux-mêmes.
Djiby Barry, fondeur: «à cause des Indiens, nous n’avons plus de matière première. Ils viennent ici, s’accaparent nos ressources, les emmènent chez eux pour fabriquer des marmites qu’ils nous revendent. Pendant ce temps, nous peinons à travailler et nous nous tournons les pouces.»
À plus de 80 ans, Momar Diongue observe avec inquiétude l’avenir d’un métier qu’il pratique depuis l’enfance. Pour ce forgeron, au-delà des difficultés économiques, c’est toute une tradition qui risque de disparaître.
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Momar Diongue, forgeron: «J’ai plus de 80 ans. Aujourd’hui, mes enfants travaillent aussi à l’atelier. J’apprends que les autorités cherchent à nous déguerpir sans nous proposer un autre site. Cela ne doit pas se passer comme ça. On cherche à se débarrasser de nous.»
Entre concurrence étrangère, manque de soutien et menace de déguerpissement, les forgerons sénégalais voient leur métier disparaître à petit feu. Un savoir-faire ancestral qui continue pourtant de façonner, à force de bras et du feu, une partie du patrimoine artisanal sénégalais.
