Les violences xénophobes à l’encontre des Subsahariens, notamment ceux originaires du Nigeria, du Ghana et de la RD Congo qui figurent parmi les plus importantes diasporas en Afrique du Sud se multiplient en Afrique du Sud. Elles touchent toutes les régions du pays, notamment le KwaZulu-Natal, Durban et Pretoria.
Partout, les commerces appartenant aux Africains sont pillés, incendiés et les agressions physiques se multiplient, touchant sans distinction ceux qui sont en situation régulière que ceux qui ne le sont pas. Cette vive tension a fini par plonger les migrants Africains vivant dans ce pays et qui tiennent de petits commerces appelés «spaza shops», dans plusieurs villes sud-africaines, notamment dans les townships, dans la peur.
Une situation qui a poussé nombre d’entre eux à fermer boutique et même à fuir leurs quartiers en attendant un retour au calme. C’est le cas à Durban où beaucoup de migrants africains ont tout simplement cessé leurs activités face aux agressions et menaces de groupes armés de bâtons et d’armes blanches comme le montrent de nombreuses vidéos devenues virales.
Et la situation commence à susciter de vives réactions au niveau du continent. Après le Ghana qui a convoqué le chargé des Affaires sud-africain, c’est au tour du Nigeria d’annoncer le «rapatriement volontaire» des ses ressortissants. Auparavant, le ministre des Affaires étrangères nigérian Bianca Odumegwu-Ojukwu, avait fait savoir que quelque 130 Nigérians avaient fait part de leur volonté de quitter ce pays.
Ce n’est pas la première fois que ces violences xénophobes et anti-migrants africains sont enregistrées en Afrique du Sud. Celles-ci sont devenues récurrentes depuis 2008, alimentées par la crise économique que traverse le pays avec son corollaire le chômage à l’origine de la pauvreté elle-même génératrice d’insécurité…
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D’ailleurs, l’une des principales incriminations avancées par les manifestants à l’encontre des migrants est qu’ils «volent» les emplois des Sud-africains et causent des difficultés économiques. pourtant, si certains migrants, notamment ceux des pays voisins (Zimbabwe, Zambie...), travaillent dans les secteurs miniers, ce n’est pas le cas de nombreux citoyens des pays d’Afrique de l’Ouest et centrale qui opèrent dans le business et le petit commerce.
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Si l’Afrique du Sud compte trois millions de migrants, soit environ 5,1% de la population totale du pays, on ne peut pas attribuer le taux du chômage compris entre 32% et 35% aux étrangers.
A noter que plus de 80% des immigrés proviennent des pays limitrophes, notamment du Zimbabwe, du Mozambique, du Lesotho et de la Namibie.
Un phénomène migratoire commun à tous les pays d’Afrique subsaharienne. À titre d’illustration, la Côte d’Ivoire, beaucoup moins développée et moins peuplée que l’Afrique du Sud, compte plus de six millions d’étrangers, soit 18% de sa population. Pour autant, personne ne peut accuser la Côte d’Ivoire de xénophobie.
En Afrique du Sud, le vrai problème n’est pas celui des étrangers qui «volent» des emplois. Ceux-ci ne sont que des boucs émissaires d’une population durement touchée par la crise économique qui résulte surtout de la mauvaise gouvernance des dirigeants politiques qui se sont succédés à la tête du pays depuis le départ de Nelson Mandela en 1999.
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Corruption, mauvaise gestion des entités publiques, incompétence des dirigeants ont conduit le pays à des situations sociales délétères. Les coupures d’électricité sont monnaie courante depuis de nombreuses années faute d’investissements dans le secteur énergétique, plongeant le secteur minier dans une profonde crise.
Les pénuries d’eau touchent de nombreuses villes du pays alors que la croissance économique est l’une des plus faibles du continent. Les multinationales quittent le pays à cause d’un environnement des affaires jugé mauvais, les chaines logistiques souffrent comme en témoigne la congestion des principaux ports du pays.
Conséquence, l’économie sud-africaine tourne au ralenti avec des taux de croissance faibles et les créations de nouveaux emplois sont très en deçà de la demande.
Résultat, le nombre de chômeurs a augmenté de manière inquiétante pour se situer entre 32 et 35% de la population active, soit l’un des plus élevés au monde. Une situation qui se traduit par la hausse de la pauvreté et de la criminalité dans un pays qui a hérité des violences de l’apartheid.
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D’où la frustration de la population qui n’entrevoit pas de perspectives en dépit des importantes ressources du pays. Et c’est cet échec que le gouvernement essaie de cacher en réagissant mollement face aux violences de peur que celles-ci se retournent contre lui.
Mais au-delà, c’est le sentiment d’abandon qui dérange. Beaucoup dénoncent l’inaction des autorités sud-africaines. Globalement, les dirigeants sud-africains ont été «mous» dans leurs réactions et sont soupçonnés d’avoir laissé faire les extrémistes, notamment ceux du mouvement «Dudula», mot zulu signifiant «expulser», certainement à cause des préparatifs des élections locales de nombre 2026.
Des élections à haut risque pour l’ANC au pouvoir. Après avoir perdu la majorité lors des dernières législatives le poussant à créer une alliance avec d’autres formations politiques pour diriger le pays, le parti au pouvoir craint une véritable déconfiture lors des prochaines élections locales.
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Conséquence, les dirigeants du pays préfèrent réagir très mollement pour ne pas frustrer les jeunes manifestants derrière les agressions envers les migrants africains. Le président Cyril Ramaphosa a ainsi appelé au calme lors de la Journée de la liberté célébrée le 27 avril, tout en rappelant le rôle joué par les pays africains dans la lutte contre l’apartheid et l’accueil des combattants en exil. De son côté, le ministre de la Police a insisté sur le fait que toute forme de justice privée est interdite.
Toutefois, ces réactions sont jugées très molles par les organisations de droits humains. D’ailleurs, conscient du rôle joué par l’approche des élections dans la mollesse de la réaction des autorités, Julius Malema, chef du Mouvement pour le changement économique radical (EFF), a rejeté la violence xénophobe comme réponse aux difficultés économiques de l’Afrique du Sud et déclaré: «je n’accepterai pas de votes qui m’obligent à promouvoir la haine contre mes compatriotes africains».
Se faisant plus clair, il ajoute: «je ne haïrai jamais les Africains pour des raisons électorales» et «je ne refuserai jamais l’éducation à un enfant africain ni les soins de santé à une femme enceinte en Afrique du Sud».
Ainsi, le leader de l’EFF oppose son discours à celui des tenants de l’extrême droite qui se positionnent pour rafler les votes de ceux qui pensent que les migrants sont derrière tous leurs maux.
