L’histoire était déjà belle avant même le coup d’envoi de la finale. D’un côté, les RSSB Tigers, novices dans la compétition mais portés par un public acquis à leur cause. De l’autre, Petro de Luanda, référence du basketball africain, seule équipe à avoir participé à toutes les éditions de la BAL et finaliste pour la troisième année consécutive.
Sur le papier, l’expérience penchait clairement du côté angolais. Mais au terme d’une finale haletante disputée dans une BK Arena en fusion, les Rwandais se sont imposés 90 à 88 pour devenir la première équipe du pays à remporter la BAL.
Le scénario du match résume à lui seul la saison des RSSB Tigers: une équipe capable de résister à l’adversité et de se transcender dans les moments décisifs. Bousculés en début de rencontre par l’expérience des Angolais, les hommes d’Henry Mwinuka ont progressivement retrouvé leurs repères avant de prendre le contrôle d’une rencontre qui semblait pourtant leur échapper.
«Le début de la rencontre a été très difficile pour nous. Ils ont réussi à nous surprendre, ce qui a quelque peu déstabilisé les joueurs. Cependant, nous avons su réagir pour revenir au score et reprendre la maîtrise de la partie», a expliqué le technicien tanzanien après la rencontre.
Lire aussi : Ligue africaine de basketball: les 12 pays en lice, les 5 nouveaux entrants et les 3 hubs de la saison 6
Par très difficile, le coach veut dire que quand Petro de Luanda a marqué 20 points, les Tigers en avaient zéro, ayant passé plus de la moitié du quart-temps sans tir qui aurait pu rentrer dans le panier.
Cette victoire revêt également une dimension particulière pour Henry Mwinuka. Avant la finale, la BAL soulignait qu’en cas de succès, l’entraîneur des Tigers deviendrait le premier coach africain né sur le continent à remporter la compétition. Une promesse désormais tenue pour celui qui a su bâtir en quelques mois un collectif capable de défier les meilleures formations africaines.
Mais le symbole le plus fort de cette campagne reste sans doute celui incarné par Craig Randall II. Élu meilleur joueur de la BAL 2026, l’arrière américain a porté son équipe tout au long du tournoi. En finale, il a encore montré la voie avec 33 points, après avoir déjà battu le record de points inscrits dans un match de BAL quelques semaines plus tôt.
Ses statistiques sur l’ensemble de la compétition – plus de 36 points de moyenne par rencontre – témoignent de son influence sur le parcours historique des Tigers.
Pourtant, quelques mois auparavant, rien ne semblait prédestiner Randall à vivre une telle aventure. «Il y a trois mois à peine, j’étais sur le point de tout arrêter, convaincu que le basketball n’était plus ma voie», a-t-il confié après avoir reçu le trophée de MVP. Le joueur attribue sa renaissance à la confiance accordée par le staff et ses coéquipiers dès son arrivée au Rwanda. Une confiance qui lui a permis de retrouver son meilleur niveau et de devenir l’un des visages de cette édition 2026.
Vous vous demandez sans doute pourquoi l’intégration d’un profil comme celui de Randall s’avère si complexe? D’après les experts en sport, sa difficulté réside dans son impulsivité au tir. Capable de tenter sa chance depuis n’importe quelle zone du terrain, ses échecs peuvent rapidement devenir frustrants et lourds de conséquences pour le collectif. Cependant, c’est précisément ce grain de folie qui forge son talent exceptionnel, faisant de lui un attaquant redoutable, imprévisible et d’une efficacité létale.
Au-delà de la performance sportive, ce sacre vient récompenser l’essor du basketball rwandais. Depuis plusieurs années, Kigali s’est imposée comme l’une des places fortes de la balle orange africaine, accueillant régulièrement les phases finales de la BAL et multipliant les investissements dans les infrastructures sportives. Le triomphe des RSSB Tigers offre désormais au pays une reconnaissance sportive que ni les installations ni l’organisation des événements n’avaient encore permis d’obtenir.
Lire aussi : Basketball Africa League: le basketball africain se transforme en accélérateur d’entrepreneuriat
Cette édition 2026 aura d’ailleurs marqué un nouveau cap pour la BAL. Selon la ligue, plus de 110.000 spectateurs ont assisté aux rencontres cette saison, tandis que les contenus liés à la compétition ont généré plus de 1,1 milliard de vues sur les réseaux sociaux.
Diffusée dans 214 pays et territoires, la compétition confirme son ambition de devenir l’une des principales vitrines du sport africain.
Le podium final témoigne également de la diversité croissante des forces en présence sur le continent. Derrière les nouveaux champions rwandais, Petro de Luanda conserve sa place parmi les références africaines tandis que les Libyens d’Al Ahly Benghazi ont décroché la troisième place.
Mais cette édition restera avant tout celle des RSSB Tigers, une équipe invitée tardivement dans la compétition, arrivée sans le statut de favorite et repartie avec le trophée le plus convoité du basketball africain. Une histoire qui rappelle que dans le sport, les hiérarchies les mieux établies peuvent parfois être renversées en l’espace d’une saison.
