Dakar. JO de la jeunesse: les sportifs excellent, les commerçants KO technique

Activités économiques à Saly, au Sénégal.

Le 07/11/2026 à 15h37

Vidéo«Les Jeux, ce n’est pas seulement dans les stades, c’est aussi dans les quartiers», cette observation de la représentante du gouvernement suisse aux JOJ va comme un gant à Saly et à ses commerçants. Derrière la ferveur sportive, l’enthousiasme des acteurs économiques locaux laisse progressivement place à la désillusion.

Pour le Comité International Olympique, les JOJ-2026 sont aussi «l’occasion de mettre en valeur la richesse culturelle du Sénégal».

Cependant, restaurateurs, vendeurs et gérants d’établissements qui espéraient profiter de l’affluence des délégations pour dynamiser leurs activités devront patienter.

Les importantes mesures de sécurité, les déplacements encadrés et l’accès restreint aux lieux d’hébergement semblent compromettre leurs prévisions.

Dans cette station balnéaire habituée à vivre au rythme du tourisme, les retombées économiques tant espérées tardent à se matérialiser.

Pour certains restaurateurs, la déception est d’autant plus grande qu’ils avaient consenti des investissements afin d’offrir aux visiteurs une expérience authentiquement sénégalaise.

C’est le cas de Lamine Gueye, propriétaire d’un restaurant, qui avait misé sur la richesse des traditions locales pour séduire une clientèle internationale. Mais les délégations, affirme-t-il, restent essentiellement cantonnées à leurs hôtels et aux sites de compétition, loin des établissements qui s’étaient préparés à les recevoir.

«Les déplacements des participants sont limités, une fois les compétitions du jours finies, ils retournent à leurs lieux de résidence. Cela bouleverse complètement nos prévisions. Nous avions investi pour leur faire découvrir la téranga sénégalaise et nos traditions. Regardez ces hamacs, ces objets en crintin, cette manière de partager les repas à même le sol: tout a été pensé pour leur faire découvrir notre culture. Nous n’avons pas misé sur le luxe, mais sur l’authenticité. Malheureusement, les organisateurs les ont regroupés dans des hôtels, un univers qu’ils connaissent déjà parfaitement. Aucun hôtel ici ne peut les impressionner autant que la richesse de nos traditions.»

Cette tirade plaidant une alliance entre sport et traditions locales semble partagée par Patricia Danzi, directrice générale de l’Agence suisse de développement et de la coopération et représentante du gouvernement suisse aux JOJ de Dakar.

Venue assister à des combats entre lutteurs suisses et sénégalais, cette ancienne athlète a eu cette remarque: «les Jeux, ce n’est pas seulement dans les stades, c’est aussi dans les quartiers». Et ce ne sont pas les commerçants de Saly qui lui donneraient tort.

Cette frustration dépasse le seul secteur de la restauration. Dans les commerces de proximité, l’affluence annoncée n’a pas produit l’effet d’entraînement attendu. Certains vendeurs évoquent même une fréquentation inférieure à celle des périodes ordinaires.

Pour Ndèye Sène, vendeuse, les dispositifs sécuritaires, pourtant destinés à protéger les délégations, ont paradoxalement contribué à éloigner une clientèle sur laquelle les commerçants fondaient de grands espoirs.

«Sur le plan économique, ces Jeux sont une véritable déception pour nous. Avant l’arrivée des athlètes, nos activités marchaient mieux. Avec les restrictions de sécurité, les déplacements sont très limités pour protéger les participants. Résultat: nous ne voyons pratiquement personne. Les sportifs ne viennent pas dans nos commerces et les clients se font rares. Sincèrement, les choses ne se passent pas du tout comme nous l’espérions.»

Si le constat est amer, tous les professionnels ne cèdent pas pour autant au pessimisme. Certains préfèrent encore miser sur une amélioration de la fréquentation au fil des compétitions.

À la tête d’un complexe, Mbaye Dione, gérant d’un complexe, reconnaît un recul de son chiffre d’affaires, mais garde l’espoir que la dynamique olympique finira par profiter aux établissements locaux.

«Avec l’organisation de ces Jeux, nous pensions que nos activités allaient connaître une nette progression. Pour le moment, ce n’est pas le cas. Peut-être sommes-nous encore au début et que la grande affluence reste à venir. Nous gardons espoir. Notre chiffre d’affaires a légèrement baissé, mais nous continuons à travailler. Certains clients arrivent, d’autres repartent. Alhamdoulilah, nous rendons grâce à Dieu.»

À Saly, le contraste est saisissant entre le rayonnement international des Jeux et les attentes déçues d’une partie de l’économie locale.

Si la sécurité des délégations demeure une priorité, les commerçants espéraient un équilibre entre les impératifs de protection et l’ouverture sur la ville.

Car au-delà des médailles, des performances et des cérémonies, la réussite d’un événement de cette envergure se mesure aussi à sa capacité à faire vivre l’économie des territoires qui l’accueillent.

Pour l’heure, à Saly, la fête olympique bat son plein, mais dans les caisses de certains commerçants, les retombées se font toujours attendre.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 07/11/2026 à 15h37