Argent: le Maroc porte la progression africaine et redessine la géographie minière du continent

Aya Gold & Silver - Mines - Zgounder

Extraction d'argent dans la mine de Zgounder au Maroc, dont le permis d'exploitation est détenu par la compagnie canadienne Aya Gold & Silver.

Le 26/06/2026 à 16h07

Le World Silver Survey 2026, publié par le Silver Institute et réalisé par Metals Focus, place l’Afrique parmi les régions ayant enregistré la plus forte progression de la production mondiale d’argent en 2025. Derrière cette performance continentale, le Maroc apparaît comme le principal moteur de la croissance, porté par l’expansion de la mine de Zgounder. Le rapport montre ainsi que la recomposition de la carte africaine de l’argent s’accélère au moment même où le marché mondial entre dans une phase de tension durable entre l’offre et la demande.

L’édition 2026 du World Silver Survey raconte une évolution qui dépasse largement le seul cas marocain. D’après cette étude, l’Afrique est la région ayant enregistré la plus forte progression relative de sa production minière d’argent en 2025, avec une hausse de 26%, portant son volume à 23 millions d’onces. Cette dynamique repose avant tout sur le Maroc, dont la production est passée de 7,9 à 11,9 millions d’onces en une année, soit une progression de 50%.

Le rapport souligne que cette performance permet au Royaume de conforter sa position de premier producteur africain d’argent. Au-delà du classement, cette évolution modifie la lecture économique du secteur minier continental. Pour la première fois depuis plusieurs années, la croissance africaine apparaît fortement concentrée autour d’un acteur capable d’imprimer sa dynamique à l’ensemble de la région.

Cette évolution intervient dans un contexte mondial où la production minière d’argent a progressé de 3% en 2025 pour atteindre 846,6 millions d’onces. Toutefois, contrairement à d’autres régions dont la croissance repose sur plusieurs bassins miniers, le document montre que l’essor africain provient essentiellement d’un projet de développement bien identifié au Maroc.

Le tableau statistique du rapport met en évidence une recomposition progressive des équilibres africains. Derrière le Maroc, figurent désormais le Botswana avec 3,4 millions d’onces, l’Érythrée avec 2,8 millions, puis l’Afrique du Sud, dont la production demeure à 1,4 million d’onces après un léger recul. Les autres producteurs africains totalisent 3,6 millions d’onces.

Ces données traduisent une concentration accrue de la production continentale. Avec près de douze millions d’onces, le Maroc représente désormais plus de la moitié de la production africaine recensée dans le rapport. Sans extrapoler au-delà des chiffres présentés par les auteurs, cette répartition illustre un déplacement du centre de gravité de la filière argentifère africaine.

Le document ne décrit d’ailleurs pas une progression homogène du continent. Certains producteurs enregistrent une croissance modérée, tandis que d’autres stagnent ou reculent légèrement. Cette divergence renforce mécaniquement le poids relatif du Maroc dans la structure de l’offre africaine.

Zgounder, levier de la transformation marocaine

Le rapport attribue explicitement cette accélération à l’expansion de la mine de Zgounder exploitée par Aya Gold & Silver. Les auteurs expliquent que cette montée en capacité constitue le principal facteur ayant permis à l’Afrique d’enregistrer la plus forte croissance régionale de la production d’argent en 2025.

Ce point mérite une attention particulière. Le World Silver Survey 2026 ne présente pas la progression marocaine comme le résultat d’une hausse généralisée de la production nationale, mais comme l’effet d’un investissement industriel capable de modifier les équilibres régionaux. Le document établit ainsi un lien direct entre l’augmentation des capacités d’un actif minier majeur et la performance globale du continent.

Cette lecture illustre également la sensibilité du marché mondial aux évolutions de quelques grands projets. Lorsqu’une nouvelle capacité entre progressivement en régime de croisière, ses effets dépassent rapidement l’échelle nationale pour influencer les statistiques régionales.

Le rapport met en perspective la performance marocaine avec les difficultés rencontrées dans plusieurs régions productrices. En Amérique du Nord, la baisse de la production mexicaine, attribuée à des perturbations opérationnelles, à l’évolution des politiques publiques et au recul des teneurs, a pesé sur l’ensemble de la région.

En Amérique du Sud, la progression observée au Chili et au Pérou a été contrebalancée par le recul de l’Argentine. En Asie, la production a diminué pour la troisième année consécutive, tandis que l’Océanie a également enregistré une contraction.

Cette comparaison éclaire la singularité de l’Afrique. Le rapport précise que la région affiche la croissance relative la plus élevée de la production mondiale grâce au Maroc, alors que plusieurs grands bassins miniers restent confrontés à des contraintes opérationnelles ou géologiques.

L’analyse proposée par Metals Focus suggère ainsi que la géographie mondiale de l’argent demeure en mouvement, chaque région évoluant selon des déterminants propres plutôt que sous l’effet d’une tendance uniforme.

Une dynamique appelée à se poursuivre en 2026

Le document ne limite pas son analyse au bilan de l’année écoulée. Selon les perspectives présentées dans le chapitre consacré au marché, la production mondiale devrait légèrement reculer en 2026. Pourtant, les auteurs estiment que le Maroc continuera d’afficher une progression grâce à la poursuite de la montée en puissance de Zgounder après son expansion récente.

Le rapport précise que les gains attendus au Maroc et au Mexique ne suffiront toutefois pas à compenser les baisses anticipées dans d’autres pays producteurs, notamment au Pérou et en Argentine. Cette observation met en évidence une situation paradoxale : le principal moteur africain poursuivrait sa progression alors même que l’offre mondiale entrerait dans une phase de légère contraction.

Cette divergence confère au Maroc une visibilité particulière dans les perspectives dressées par Metals Focus. Sans préjuger des évolutions au-delà de l’horizon couvert par le rapport, elle traduit le rôle désormais structurant que joue le Royaume dans la dynamique africaine de la production d’argent.

La progression de l’offre africaine intervient dans un environnement mondial marqué par des déséquilibres persistants. Le World Silver Survey 2026 rappelle que le marché de l’argent a enregistré un cinquième déficit annuel consécutif en 2025 et prévoit un nouveau déficit en 2026. Les auteurs soulignent également que les tensions sur les stocks et la liquidité continueront de peser sur le fonctionnement du marché.

Cette toile de fond donne une portée supplémentaire à la progression marocaine. Dans un marché où les déficits successifs réduisent progressivement les marges de l’offre mondiale, chaque augmentation de capacité revêt une importance accrue. Le document ne conclut pas que le Maroc modifiera à lui seul l’équilibre du marché international, mais il montre que son apport s’inscrit dans un contexte où les nouvelles sources de production deviennent particulièrement stratégiques.

Au fil de ses analyses, le World Silver Survey 2026 invite à revoir la perception du secteur argentifère africain. Longtemps considérée comme une région secondaire dans l’industrie mondiale de l’argent, l’Afrique apparaît désormais comme celle qui affiche la croissance relative la plus forte, portée par la trajectoire du Maroc.

Cette évolution ne signifie pas que le continent rivalise avec les principaux bassins producteurs mondiaux en volume, le rapport ne formulant d’ailleurs aucune telle conclusion. En revanche, les données présentées montrent clairement que l’Afrique est devenue l’une des régions où les transformations sont aujourd’hui les plus rapides.

À travers la montée en puissance de Zgounder, le Maroc incarne cette mutation et contribue à redessiner progressivement la géographie africaine de la production d’argent.

Dans un marché mondial appelé à rester sous tension, cette capacité à accroître durablement l’offre place le Royaume au cœur des évolutions décrites par le World Silver Survey 2026. Plus qu’une progression statistique, le rapport met en évidence l’émergence d’un nouveau pôle de croissance minière dont les effets dépassent désormais les frontières nationales pour influencer la dynamique de tout le continent africain.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 26/06/2026 à 16h07