Baptisé «Africa Forward», le sommet de Nairobi qui se tient les 11 et 12 mai sera le premier à réunir le président français Emmanuel Macron et ses pairs africains depuis son arrivée au pouvoir en 2017, année durant laquelle il a souhaité mettre un terme à ce l’on appelle la «Françafrique»
Le président français avait, dans un contexte tendu entre Paris et ses anciennes colonies africaines, mis à l’arrêt dans un premier temps les sommet France-Afrique avant de lancer ce nouveau format de «sommet des partenariats» pour lequel la France ne «convoque» plus les dirigeants africains à Paris.
Emmanuel Macron avait d’ailleurs convié, en 2021 à Montpellier, un sommet avec uniquement la société civile africaine, sur fond de relations dégradées avec de nombreux ex-colonies françaises du continent. Une expérience qui n’a plus été renouvelée, tant les relations entre Paris et les capitales africaines, particulièrement celles de ses anciennes colonies francophones, s’étaient détériorées.
Il s’agit ainsi du premier, et peut-être du dernier, rendez-vous entre Emanuel Macron et les chefs d’État et de gouvernement des pays africains. Le choix de Nairobi illustre les excellentes relations entre les deux pays, la dynamique de l’économie kenyane devenue le hub régional des entreprises françaises et la volonté de Paris de diversifier ses partenaires en sortant du cocon francophone. En outre, le Kenya, leader africain de l’innovation (M-Pesa, Andela…) est un terrain idéal pour les collaborations en IA, cybersécurité et e-gouvernement.
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Ce premier Africa Forward, contrairement aux sommets classiques de France-Afrique, se caractérise par la diversité des acteurs présents. Si la participation d’une vingtaine de présidents et chefs de gouvernement est actée, les entreprises, les jeunes, les artistes, la sociétés civiles et les diasporas africaines seront aussi de la partie.
Ce sera l’occasion pour la France et les pays africains d’accélérer les investissements croisés afin de construire des solutions concrètes pour faire face aux défis communs autour des enjeux de l’heure: transition écologique, nouvelles technologies, industries créatives…
Concrètement, ce nouveau rendez-vous se déroulera en deux jours. La première journée, le 11 mai, intitulée «Inspire and Connect» s’ouvrira par un forum d’affaires qui mettra en relief les partenariats économiques franco-africains et valorisera les projets portés par les secteurs privés africains et français.
Durant la journée, des rendez-vous autour de la jeunesse et des secteurs d’excellence, créateurs d’emploi et fédérateurs tels que le sport ou les industries culturelles et créatives seront à l’honneur.
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Les questions relatives à la formation et à l’emploi des jeunes seront au cœur des discussions. De même, les enjeux de paix en soutien aux médiations africains et des actions de l’Union africaine dans un contexte continental marqué par l’augmentation des tensions et des conflits seront également débattus.
La seconde journée sera largement consacrée aux questions cruciales du financement du développement et aux enjeux globaux et sera clôturée par un concert animé par de grands noms de la musique africaine et des diasporas.
En tout, plus de 2.000 acteurs politiques, d’opérateurs économiques (grandes entreprises, PME et jeunes entrepreneurs), de la société civile et des sportifs de haut niveau sont attendus à ce premier sommet. En plus, plusieurs organisations (Union africaine, Union européenne, ONU,…) et des institutions financières et de développement (AFD, BAD,…) seront représentées.
Pour ce sommet, «l’objectif principal est d’afficher et ancrer un partenariat renouvelé avec les pays africains», a déclaré la présidence française.
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Pour cette édition, plusieurs thèmes seront abordés dont le développement rural, la mobilisation des capitaux privés, le renforcement des partenariats pour une agriculture durable, le développement de l’économie bleue, le renforcement des systèmes de santé, la souveraineté alimentaire, la compétitivité dans le domaine du numérique, l’accès à l’énergie et la connectivité.
Le côté business ne sera pas oublié. D’ailleurs, plusieurs contrats relatifs notamment au développement des mini-réseaux solaires, des projets de fibre optique et de logistique pour faciliter les échanges intra-africains sont annoncés avec des entreprises françaises.
Enfin, ce sommet sera aussi une occasion pour le président français d’entreprendre un voyage qui le mènera samedi 9 mai en Égypte, où il inaugurera avec son homologue Abdel Fattah al-Sissi l’Université de la Francophonie Senghor à Alexandrie, un campus projeté vers l’Afrique, avant de se rendre au Kenya le lendemain pour y rencontrer le président William Ruto, avant de co-présider le sommet Africa Forward les 11 et 12 mai à Nairobi.
Ce périple sera bouclé à Addis-Abeba, en Éthiopie, où le président français effectuera sa première visite au siège de l’Union africaine où il rencontrera le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf. Durant son passage dans la capitale éthiopienne, Emmanuel Macron rencontrera aussi le Premier ministre Abiy Ahmed.
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Ce mini-périple sera l’occasion pour Paris de consolider la diversification de ses partenaires au niveau du continent en ciblant les pays d’Afrique de l’Est. Un continent pris globalement pèse encore moins en matière de création de richesse que la France prise à elle seule. En 2026, selon les estimations du FMI, le PIB du continent africain devrait s’établir à 3.560 milliards de dollars, un montant inférieur aux 3.600 milliards de dollars de PIB de la France.
Ainsi, les 54 pays africains pris comme «un seul pays» se positionneraient au 8e rang de puissance économique mondiale derrière la France. Avec un stock d’investissement directs étrangers de plus de 50 milliards d’euros, la France demeure l’un des principaux investisseurs au niveau du continent. Ces investissements sont portés par des acteurs tels que TotalEnergies, Engie, Orange, Danone, Vinci, Afrioca Global Logistics (AGL), Renault, Stellantis, Société Générale…
C’est dire que l’Hexagone demeure une puissance économique sur laquelle il faut compter, tout en sachant qu’il n’est plus question de s’allier à une quelconque puissance. D’ailleurs, sa part de marché au niveau du continent a diminué de moitié en 20 ans pour tomber à environ 4%.
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Une situation qui s’explique par le fait que le paysage économique africain n’est plus la chasse gardée de certaines puissances coloniales européennes. Les pays européens doivent désormais composer avec une concurrence acharnée, notamment des pays comme la Chine, devenue le premier partenaire économique du continent, de l’Inde, de la Turquie, de la Russie, du Brésil… et avec le retour des États-Unis.
Paris pourra tout de même continuer à s’appuyer sur l’histoire de relations, la langue française, sa diaspora encore importante au niveau du continent, au franc CFA qui est arrimé à l’euro et utilisé par 14 pays africains,…
