Cameroun: les avantages de la fonction publique expliqués par ceux qui en sont privés

Le 13/10/2026 à 15h02

VidéoAu Cameroun, pays outrageusement dominé par le travail informel, quatre jeunes sur cinq souhaitent intégrer la fonction publique où les salaires sont garantis et la retraite assurée. De plus, le privé formel peine à créer des emplois durables, d’où l’attrait de l’administration plutôt que des entreprises.

Au Cameroun, tout le monde veut travailler à la fonction publique. Une petite enquête menée sur le terrain démontre que sur cinq jeunes chômeurs, quatre veulent entrer dans le fichier solde de l’Etat quel que soit le poste à occuper et même si celui-ci ne relève pas de leurs domaines de compétence.

«Au 19 juin 2026, le pays compte 306.159 agents publics actifs répartis dans les différents secteurs de l’administration publique. En plus de ces agents en service, 160.285 retraités bénéficient de leur pension après avoir servi l’État" faisait savoir le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Joseph Le.

Cependant, avec un taux de 8,2%, le secteur public offre plus d’emplois que le privé formel qui absorbe à peine 5,1% de la main d’œuvre. La taux part des emplois dans le secteur informel est de 86,6%.

Dans son diagnostic sur le Cameroun, l’Organisation internationale explique ce paradoxe par l’incapacité su secteur privé à créer des emplois stables. «Ces résultats mettent en évidence les difficultés structurelles du secteur privé formel à créer suffisamment d’emplois durables et déclarés face à la prédominance des activités informelles».

A Yaoundé, plusieurs citoyens interrogés justifient ce choix par le souci d’avoir une vie loin des souscis. Christelle Yebi, employée depuis onze ans dans une structure privée, est de cet avis, «il y a plus d’avantages à la fonction publique qu’au privé. Un fonctionnaire a un salaire régulier et s’il tombe malade, il continue de percevoir son salaire et sa retraite est assurée. Dans le privé, c’est tout le contraire. J’ai actuellement une ancienneté de onze ans dans une entreprise privée ici à Yaoundé. A ce jour, mes cotisations ne sont pas reversées à la Caisse Nationale de Prévoyance sociale alors que l’entreprise me les prélève chaque mois. Je ne peux pas me plaindre de peur de me faire licencier», a-t-elle confié.

Ce témoignage traduit ainsi de nombreux abus auxquels les employés de certaines entreprises privées font face au quotidien.

Des injustices qui rebutent les demandeurs d’emplois pourtant le privé est réputé bon payeur et le secteur de mouvance des performances managériales comme l’a expliqué Léo Kaptcheu, un Chef d’entreprise. «Je n’ai jamais accordé d’importance à la fonction publique. Mon vœu était de créer mon entreprise. Je crois que j’ai réussi ce pari parce qu’actuellement je livre mes produits dans toute la sous-région d’Afrique centrale», a-t-il déclaré avant d’ajouter que «les jeunes qui veulent à tout prix entrer à la fonction publique sont des paresseux. Ils veulent l’argent facile».

Le Cameroun est une terre d’opportunité certes, mais la fiscalité est généralement le premier gourou d’étranglement qui fragilise les initiatives privées, selon des plaintes recueillies auprès des créateurs d’entreprises. Ajouté à d’autres pesanteurs comme la corruption, il devient difficile pour les petites et moyennes entreprises d’émerger.

Par Jean-Paul Mbia (Yaounde, correspondance)
Le 13/10/2026 à 15h02