Cameroun. 7 millions de FCFA pour une place dans une grande école: la corruption, ce mal qui compromet l’avenir du pays

Le 16/09/2026 à 12h56

VidéoLa banalisation du monnayage de places dans les concours d’admission aux grandes écoles et à la fonction publique assène un sérieux coup au mérite personnel des candidats probes. Un bradage des compétences qui remet en cause l’émergence économique du pays souhaitée à l’horizon 2035. Pire, le Cameroun n’améliore pas son classement de la perception de la corruption.

La corruption dans les concours administratifs est devenue un banal sujet au Cameroun. À Yaoundé, comme ailleurs, chacun a une histoire de corruption à raconter. Il n’est pas rare de rencontrer un Camerounais qui dit avoir graissé la patte à un responsable pour faire admettre un enfant, un frère ou un ami à un concours d’admission à la fonction publique ou dans une grande école.

Véronique Tsafack, opératrice économique vivant à Yaoundé dit s’être saignée à blanc pour que son petit frère puisse rejoindre l’École nationale d’Administration et de Magistrature. «Mon petit frère a passé le concours de l’Enam à trois reprises mais à chaque fois il a été recalé à l’oral. Un jour, mon voisin m’a conseillée d’aller voir son ami, un haut cadre dans un ministère. Ce monsieur m’avait alors demandé de lui remettre sept millions. Sur cette somme, je lui en avait avancé cinq et a exigé que je signe une reconnaissance de dette pour les deux autres millions restants. C’est ainsi que mon petit frère a pu réussir l’année suivante», a-t-elle témoigné.

Ce témoigne n’est pas un cas isolé, mais reflète le classement peu enviable du Cameroun dans le classement mondial de la perception de la corruption.

En 2025, le Cameroun s’est classé 142e sur les 182 pays auscultés par l’Indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International, publié le 10 février 2026. Ce niveau le maintient dans la catégorie des pays perçus comme «fortement corrompus».

Les établissements qui reviennent le plus souvent dans les récits sont l’Ecole nationale d’Administration et de Magistrature (Enam), l’Ecole Militaire Interarmées (Emia), l’Ecole supérieure de police et les écoles normales. Une pratique pourtant contraire à la loi et à la morale et surtout réprimandée par le code pénal camerounais.

Face à cette banalisation de la corruption et ses lourdes conséquences sur le pays, citoyens et défenseurs des droits de l’homme appellent l’Etat à plus de vigilance. «Si nous voulons que le Cameroun se hisse au statut de pays émergent, il est urgent que l’Etat resserre ses mesures de lutte contre la corruption, principalement dans les concours administratifs. Le développement du pays a besoin des têtes bien faites», a-t-il déclaré.

Plusieurs structures avaient pourtant été créées au Cameroun pour tordre le cou à la corruption mais cette gangrène persiste dans le pays.

L’arsenal juridique existe pourtant tout comme les instances censées veiller à son application comme la Commission nationale anticorruption (Conac), le Tribunal criminel spécial (Tcs) et l’Agence nationales des investigations financières (Anif). Mais l’argent continue de circuler sous les tables des examens anéantissant le mérite des candidats.

Par Jean-Paul Mbia (Yaounde, correspondance)
Le 16/09/2026 à 12h56