Côte d’Ivoire: dès septembre, le cacao ne se vendra plus sans la carte du producteur

Le Conseil du Café-cacao veut faire de l'identité numérique un instrument de formalisation massive

Le 24/08/2026 à 11h55

Plus aucune fève vendue sans identité numérique: la Côte d’Ivoire impose la carte du producteur dès le 1er septembre 2026. Traçabilité, Mobile Money, prise en charge médicale…la filière cacao ivoirienne verrouille ses transactions et protège ses planteurs.

À partir du 1er septembre 2026, la Côte d’Ivoire conditionne toute transaction de cacao à la présentation de la carte du producteur. À compter de cette date, aucune opération d’achat ou de vente de cacao ne pourra se conclure sans ce sésame.

L’information, livrée le vendredi 21 août à Jacqueville par le délégué régional d’Abidjan, Bakayoko Inza, devant les acteurs de la chaîne de commercialisation du café et du cacao du département, marque une étape décisive dans la formalisation de la filière. Derrière l’outil numérique se joue une bataille de traçabilité, de sécurisation du prix bord champ et d’accès aux marchés européens.

Le Conseil du Café-cacao veut faire de la carte du producteur un instrument de formalisation massive: elle doit à la fois verrouiller les paiements, documenter l’origine des fèves et ouvrir des droits sociaux aux planteurs.

Relevons que le Conseil du Café-cacao de Côte d’Ivoire a choisi la manière forte. Il ne s’agit plus d’inciter, mais d’obliger. Le Système national de transaction, déployé depuis 2019, cesse d’être un dispositif parmi d’autres: il devient la norme opposable à tous. Sa mécanique repose sur trois outils complémentaires.

La carte du producteur identifie l’exploitant, sécurise les transactions, enregistre les opérations et facilite le règlement. Le terminal de paiement, entre les mains de l’acheteur, scanne et vérifie la carte avant tout décaissement, que celui-ci s’effectue par guichet automatique ou par Mobile Money. Les scellés apposés sur les sacs assureront le suivi physique des fèves depuis les plantations jusqu’aux ports d’embarquement.

Une triple barrière qui vise d’abord à fiabiliser les données de production et à garantir la traçabilité. Elle doit aussi protéger le prix fixé par l’État, réduire les risques de vol et limiter les contestations nées des transactions opaques.

Mais la carte ne se réduit pas à un instrument de contrôle. Elle ouvre au producteur identifié une prise en charge médicale à 100% dans les centres de santé publics, conformément aux dispositions en vigueur, et facilite l’accès à certains services sociaux.

En liant reconnaissance économique et droits sociaux, la réforme change le statut du planteur: de simple maillon commercial, il devient un ayant droit identifiable et protégé. L’agenda n’est pas anodin.

L’Union européenne renforce ses exigences de conformité sur les produits importés, et la traçabilité s’impose comme un préalable d’accès au marché. En rendant la carte obligatoire, la Côte d’Ivoire ne se contente pas d’anticiper une contrainte extérieure ; elle la convertit en levier interne de crédibilité et de discipline collective.

La pédagogie de terrain déployée à Jacqueville ne doit donc rien au hasard. Les producteurs dépourvus de carte sont invités à se rapprocher sans délai des équipes du Conseil pour être identifiés et faire lever leurs parcelles.

Le préfet Lago Digbeu Mathieu, en saluant l’évolution numérique et en appelant les planteurs à se regrouper en coopératives, ajoute la dimension collective indispensable à la réussite du dispositif: mutualiser les risques et renforcer l’encadrement. La Côte d’Ivoire se démarque ainsi par une stratégie qui mêle contrainte commerciale, inclusion sociale et anticipation des standards internationaux.

Par Le360 (avec MAP)
Le 24/08/2026 à 11h55