Les parties prenantes du Corridor écologique de Taï viennent de valider à l’unanimité le plan d’aménagement et de gestion (PAG) de cette Réserve naturelle volontaire (RNV), couvrant la période 2026-2035, lors d’un atelier de restitution organisé par l’Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR), les 27 et 28 août 2026.
Le PAG s’articule autour des mécanismes de gestion de cette aire protégée, dédiée à la restauration de la connectivité écologique et au maintien de la mixité génétique de la biodiversité présente dans les parcs nationaux ivoiriens et libériens du complexe transfrontalier Taï-Grebo-Sapo.
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L’aménagement des 197,6 ha constituant la superficie du Corridor écologique de Taï et des bas-fonds, hors corridor, destinés à compenser la contribution des plantations à la sécurité alimentaire des populations riveraines ayant été préalablement assuré par l’Unité d’exécution du projet (UEP), le PAG 2026-2035 devrait, selon les parties prenantes, permettre non seulement de préserver les acquis, mais également de les consolider.
La validation à l’unanimité du Plan d’aménagement et de gestion (PAG) 2026-2035 de la Réserve naturelle volontaire (RNV) du Corridor écologique ne clôt pas seulement un processus administratif. Elle ouvre, pour qui sait lire entre les lignes, un champ d’opportunités économiques largement sous-estimé, tout en rappelant la permanence de menaces qui, elles, pourraient coûter bien plus cher que les investissements aujourd’hui consentis.
D’un point de vue strictement financier, le PAG acte une réalité: la gestion de 197,6 hectares dédiés à la restauration de la connectivité écologique entre les parcs nationaux ivoiriens et libériens du complexe Taï-Grebo-Sapo ne peut reposer uniquement sur des fonds publics.
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Louis Bally, président du Comité de gestion du corridor (CGC), est explicite: «nous souhaitons une surveillance accrue pour minimiser les risques de braconnage et autres menaces. Pour y arriver, le soutien matériel, financier et logistique de tous les potentiels partenaires est attendu.» Une déclaration qui constitue un signal pour les opérateurs privés, les bailleurs de fonds climat et les structures de finance verte. Le corridor a besoin de partenaires. Qui dit besoin dit marché.
Gisements d’opportunités et vecteurs d’affaires
Les opportunités insoupçonnées se nichent d’abord dans les bas-fonds situés hors corridor, expressément destinés à «compenser la contribution des plantations à la sécurité alimentaire des populations riveraines».
Une mention, apparemment technique, qui révèle un enjeu de développement agricole durable: ces espaces pourraient devenir des vitrines pour des systèmes agroforestiers rentables, où la production vivrière coexiste avec des cultures de rente sous ombrage. Un investisseur avisé y verrait un laboratoire grandeur nature pour des crédits carbone liés à l’agroforesterie, un marché encore balbutiant en Afrique de l’Ouest mais en forte croissance.
Deuxième gisement: la surveillance elle-même. La dépêche mentionne la «mise en place de patrouilles conjointes régulières associant les populations riveraines et l’OIPR», ainsi que des «contrôles inopinés». La surveillance communautaire, loin d’être une simple charge, peut être structurée comme un service écosystémique monétisable.
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Des mécanismes de Paiements pour Services Écosystémiques ou Environnementaux (PSE) pourraient rémunérer les trois associations villageoises de gestion (AVGC de Taï, Gouléako 1 et Gouléako 2) pour chaque patrouille effectuée, chaque infraction documentée, chaque indicateur de présence faunique relevé. Le PAG 2026-2035, en insistant sur la «gestion concertée et inclusive», crée précisément le cadre contractuel dans lequel de tels paiements deviennent légitimes.
Troisième vecteur d’affaires, plus discret: l’écotourisme communautaire. La mixité génétique de la biodiversité, évoquée comme objectif central du corridor, représente un capital visuel et expérientiel rare. Des visiteurs paient aujourd’hui des sommes considérables pour observer, dans un espace relativement compact, des espèces circulant entre deux parcs nationaux. Les populations riveraines, si elles sont dotées d’infrastructures minimales d’accueil et de guidage, pourraient capter une partie de cette valeur. Or, le PAG, en consolidant la connectivité, sécurise précisément le produit touristique: la faune visible à Taï.
Mais l’analyse économique serait incomplète sans une évaluation rigoureuse des menaces. Le braconnage, cité explicitement, est une fuite de valeur économique. Chaque animal prélevé illégalement est un actif détruit, un potentiel d’observation touristique perdu, une pression qui dégrade la réputation du site et dissuade les investisseurs.
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Les «pressions anthropiques» mentionnées dans la dépêche, sans être détaillées, renvoient aux tentations d’extension des plantations dans le corridor. La tension est structurelle: les bas-fonds compensatoires ne suffiront que si leur productivité réelle est démontrée. Sinon, la pression migrera vers l’intérieur de la RNV, et avec elle, les conflits.
Le PAG 2026-2035 est donc bien plus qu’un document administratif. C’est un contrat implicite entre la conservation, le développement économique et la sécurité alimentaire. Sa réussite dépendra de la capacité des gestionnaires à transformer les recommandations en mécanismes financiers opérationnels.
Les parties prenantes l’ont compris, qui ont validé le plan à l’unanimité. Reste à savoir si les partenaires «potentiels» évoqués par Louis Bally répondront à l’appel. Car sans eux, le corridor risque de rester ce qu’il est aujourd’hui: une promesse écologique dans un environnement économique qui n’a pas encore appris à la valoriser.
