Énergie solaire: Djibouti muscle son indépendance grâce au savoir-faire marocain

Le ministre Dr. Djama Mohamed Hassan et une importante délégation tripartite de la BAD/AMCI/MASEN

Le 23/06/2026 à 09h37

Afficher 80% d’électricité verte ne suffit pas quand l’essentiel provient de barrages étrangers. Djibouti enclenche une mue stratégique en pariant sur le solaire à stockage, avec le Maroc comme partenaire d’excellence pour transformer une vulnérabilité en levier industriel.

Près de 80% d’électricité verte, et pourtant une souveraineté énergétique en trompe-l’œil. Djibouti s’attaque à ce paradoxe avec le soleil, domestiqué par la technologie marocaine. Et si l’avenir industriel de Djibouti tenait dans une centrale solaire avec stockage ? C’est le pari dévoilé par le ministre de l’Énergie djiboutien, Djama Mohamed Hassan, qui mise sur l’expertise marocaine pour sortir de l’ombre des barrages éthiopiens.

Le ministre djiboutien de l’Énergie chargé des Ressources naturelles Djama Mohamed Hassan a exprimé la volonté de son pays de tirer profit de l’expérience marocaine dans le développement des énergies propres, dans le cadre de la coopération Sud-Sud.

Lors d’une réunion de travail lundi à Djibouti avec une délégation conjointe de la Banque islamique de développement (BID), de l’Agence marocaine de coopération internationale (AMCI) et de l’Agence marocaine pour l’énergie durable (MASEN), le ministre a évoqué le projet de centrale solaire avec stockage, destiné notamment à renforcer l’indépendance énergétique de Djibouti. Cette réunion de travail a ainsi porté sur l’état d’avancement d’un projet de développement, de construction et d’exploitation d’une centrale solaire avec stockage, conçue pour être adaptée au contexte djiboutien.

Le ministre djiboutien a insisté sur l’importance de la recherche et de l’innovation pour répondre à la demande énergétique nationale et soutenir les ambitions de développement économique du pays. Il a expliqué que le choix de la technologie solaire avec stockage répondait à des critères de durabilité et d’adaptation aux conditions climatiques locales.

Selon lui, près de 80% de l’électricité consommée dans le pays est déjà issue de sources vertes, principalement grâce à la combinaison de l’énergie éolienne et de l’hydroélectricité importée. Il a toutefois souligné la nécessité d’accroître la production locale afin de soutenir l’industrialisation et le développement d’unités de transformation sur le territoire national. Le ministre a également rappelé l’objectif gouvernemental de renforcer la souveraineté énergétique du pays par une production nationale plus importante, appelant à une concrétisation rapide du projet.

Les représentants de MASEN ont, de leur côté, présenté plusieurs projets emblématiques développés au Maroc dans le domaine des énergies renouvelables et se sont engagés à mettre leur expertise technique à la disposition de Djibouti afin d’adapter les solutions retenues aux réalités locales. Prenant la parole à son tour, le chargé d’affaires du Royaume du Maroc à Djibouti, Mohammed Mdarhri a salué les relations de coopération entre Rabat et Djibouti, soulignant la nécessité de renforcer les partenariats énergétiques face aux défis croissants de l’accès à l’énergie sur le continent africain.

Le diplomate a notamment mis en exergue l’intérêt du projet pilote destiné à la production d’énergie solaire pour augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique djiboutien et a exprimé la volonté du Maroc d’accompagner sa mise en œuvre. Les discussions ont également porté sur les aspects techniques et opérationnels du projet, notamment les technologies envisagées et les modalités de sa mise en œuvre.

Ce qui se joue à Djibouti dépasse largement la simple signature d’un énième protocole d’assistance technique. Derrière l’apparente technicité des échanges entre le ministre de l’Énergie, Djama Mohamed Hassan, et la délégation conjointe BID-AMCI-MASEN, se dessine une reconfiguration méthodique de la souveraineté énergétique d’un petit État longtemps considéré comme périphérique. L’objectif affiché, une centrale solaire avec stockage, n’a rien d’une vitrine expérimentale.

Il répond à une équation bien plus pragmatique qu’idéologique. Djibouti affiche déjà un mix électrique à 80% d’origine verte, un chiffre qui ferait pâlir plus d’un géant industriel, mais ce tableau flatteur repose en réalité sur une dépendance massive à l’hydroélectricité importée d’Éthiopie voisine et à un parc éolien qui ne couvre qu’une fraction des besoins en base. La fragilité est structurelle: en misant sur le solaire couplé au stockage, le pays ne cherche pas seulement à verdir une énergie déjà décarbonée, il s’attaque au verrou de l’intermittence et, surtout, à la vulnérabilité géopolitique d’un approvisionnement transfrontalier.

Le choix de s’adosser à l’expertise marocaine, via MASEN, n’est pas anodin. Le Maroc a transformé son désert en laboratoire grandeur nature du solaire compétitif, et c’est ce retour d’expérience, bien plus que des capitaux, que Djibouti entend capter: adaptation des technologies à un climat extrême, ingénierie de projet, montages opérationnels adaptés aux réalités locales. L’insistance du ministre sur la recherche, l’innovation et la rapidité de concrétisation dit une chose: Djibouti ne se contentera plus d’être un hub logistique et militaire alimenté par une énergie venue d’ailleurs.

Derrière la centrale, c’est l’ambition d’une industrialisation endogène qui se joue, la capacité à alimenter des unités de transformation locales, à créer de la valeur sur place plutôt qu’à la subir. Le chargé d’affaires marocain, Mohammed Mdarhri, l’a bien compris en plaçant ce projet pilote sous le sceau d’un partenariat stratégique face aux défis énergétiques continentaux. La coopération Sud-Sud prend ici une tournure concrète, loin des déclarations: un transfert de compétences ciblé, un modèle reproductible, une banque islamique de développement en rôle de catalyseur financier.

Pour un pays dont la facture énergétique et la dépendance aux importations obèrent les marges de manœuvre budgétaires, gagner des points de production locale pilotable change radicalement la donne. Cette centrale solaire avec stockage n’est pas qu’un équipement, c’est le premier maillon d’une autonomie politique repensée, où l’énergie propre devient l’armature d’un développement économique souverain.

Par Le360 (avec MAP)
Le 23/06/2026 à 09h37