La dernière publication du service national des statistiques éthiopien ne laisse guère de place au doute: avec un taux annuel de 15,3% en juillet 2026, l’inflation s’installe dans une dynamique préoccupante. Pour les observateurs avertis, ce chiffre ne se résume pas à une simple hausse des prix ; il concentre au moins six signaux d’alarme structurels.
Premier signal d’alarme: l’accélération est continue. Pour le quatrième mois consécutif, le rythme annuel progresse, passant de 13,9% en juin à 15,3% en juillet. Une telle régularité exclut l’hypothèse d’un choc ponctuel et suggère un emballement progressif des anticipations.
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Deuxième signal: ce niveau n’avait plus été observé depuis janvier 2025. La rupture avec la tendance antérieure est nette, et elle intervient après une période où l’on pouvait espérer une stabilisation. Le retour à de tels sommets dénote une perte de contrôle, au moins partielle, sur les moteurs de l’inflation.
Troisième élément critique: la composante alimentaire atteint 15,7%, contre 15,1% en juin. Mais plus que le chiffre global, ce sont les produits concernés qui inquiètent. Le sucre, les confitures, le miel, le chocolat, la viande, les huiles et les matières grasses affichent des hausses comprises entre 20,3% et 39,4%. Il ne s’agit pas de biens superflus: ce sont des piliers de la consommation des ménages, dont la flambée pèse directement sur le pouvoir d’achat et risque d’aggraver l’insécurité alimentaire.
Quatrième red flag: l’inflation non alimentaire accélère fortement, de 12,2% à 14,8%. Un décrochage qui démontre que la pression des prix ne se limite plus aux denrées, mais se diffuse aux services et aux biens manufacturés. Les boissons alcoolisées et le tabac (+16,0%), les restaurants et hôtels (+15,3%), l’ameublement (+15,2%) ou encore l’habillement (+15,0%) illustrent cette contamination généralisée. L’inflation devient endogène, portée par les coûts de production et les marges, et non plus seulement par un choc d’offre alimentaire.
Cinquième signal d’alerte: la progression mensuelle de l’indice des prix à la consommation atteint 2,6% en juillet. C’est la plus forte hausse mensuelle depuis mars 2025. Un tel rythme, s’il devait se prolonger, correspondrait à un taux annualisé bien supérieur à 30%. Même sans projection, cela traduit une accélération immédiate et brutale.
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Sixième élément critique: la simultanéité des hausses. Aucune grande catégorie n’échappe à la flambée. Quand l’alimentaire et le non-alimentaire accélèrent en même temps, et que les produits de première nécessité flambent de 20 à 40%, on n’est plus face à un simple phénomène conjoncturel, mais face à un risque d’ancrage inflationniste.
La conjonction de ces six signaux dessine un tableau préoccupant pour l’Éthiopie. La hausse des prix des huiles, de la viande, du sucre et des produits laitiers touche les budgets les plus fragiles, alors que l’inflation non alimentaire érode le reste de la consommation. Sans inflexion rapide, le pays pourrait basculer dans une spirale où la hausse des coûts alimente la hausse des prix, avec des conséquences sociales et politiques difficiles à contenir.
