Guinée. Êtes-vous pour ou contre les 425 millions de dollars du FMI ? Économistes et citoyens répondent

Acteur de la société civile guinéen

Le 23/08/2026 à 08h43

VidéoAprès l’accord préalable avec le Fonds monétaire international pour un financement d’environ 425 millions de dollars sur 41 mois, la Guinée devrait renforcer sa résilience aux chocs externes. Mais pour certains Guinéens, le FMI ignore les réalités sociales locales, cet accord représente par conséquent une menace sur le filet social.

La Guinée s’apprête à franchir une nouvelle étape dans sa coopération avec le FMI. Après les négociations engagées avec l’institution financière internationale, un accord préalable porte sur un financement d’environ 425 millions de dollars sur 41 mois. Le dossier doit encore être soumis au Conseil d’administration du FMI pour validation.

Ce financement devrait également aider le pays à finaliser son programme de développement de mine de fer à Simandou, considéré comme le plus important dépôt de fer au monde à ne pas encore avoir été exploité.

Pour les économistes, ce programme ne doit toutefois pas être analysé uniquement sous l’angle du montant obtenu. «Cet accord est un atout pour la Guinée et donne de la crédibilité macroéconomique de la Guinée auprès des partenaires techniques et financiers et des investisseurs. C’est aussi une façon d’améliorer nos finances publiques ce qui devrait nous permettre d’aller vers une croissance soutenue, notamment avec le projet Simandou qui devrait génère des revenus conséquents. La croissance projetée à 8,6%, soutenue par le secteur minier, devrait permettre de diversifier l’économie, pour l’orienter vers le secteur productif, ce qui permettrait l’amélioration des conditions de vie de la population», souligne Yaya Keita, économiste.

Cet accord intervient alors que la Guinée nourrit de grandes attentes autour des revenus générés par le secteur minier.

Au chapitre des revenus attendus du projet Simandou, la loi de finances 2026 évoque un montant de 1.787milliards de francs guinéens soit environ 202 millions de dollars.

Pour certains acteurs de la société civile, le recours à un nouveau financement du FMI soulève une question fondamentale: pourquoi s’endetter alors que des recettes importantes sont attendues, notamment avec Simandou ?

Ibrahima Balaya Diallo, membre du Forum civil guinéen, s’interroge sur la cohérence entre les ressources annoncées et le montant du financement sollicité. «C’est une surprise, parce qu’avec tout ce qui devait rentrer dans les caisses de l’État depuis le mois de juin, à savoir 650 millions de dollars et un fonds souverain à un milliard de dollars, on n’allait pas jubiler pour 425 millions de dollars. Mais passé la surprise, il faut être lucide. Il y a encore des problèmes que peut-être le gouvernement ne parvient pas à nous expliquer clairement. Et nous, en tant que société civile, on a besoin d’explications».

Derrière la question du montant se pose également celle des contreparties. Les programmes du FMI s’accompagnent généralement de réformes destinées à rétablir les équilibres budgétaires, améliorer la gouvernance économique et renforcer la stabilité macroéconomique.

Pour défenseurs de cet engagement avec le FIM, ces exigences peuvent contribuer à assainir durablement la gestion publique.

Mais pour ses détracteurs, les conditions du FMI peuvent au contraire accentuer les difficultés sociales. Ibrahima Balaya «On a le sentiment que le FMI se pose en sapeur-pompier pour sauver les économies. La plupart du temps, c’est l’effet inverse qui se produit. Finalement, on se rend compte que la dette contractée au niveau du FMI ne règle rien mais crée énormément de tensions sociales. Parce que le FMI vous impose des conditions non négociables comme la fin des subventions et la réduction ses filets sociaux. Finalement, on se retrouve dans des situations de tensions sociales permanentes».

Au-delà de la controverse sur l’endettement, le véritable enjeu pourrait finalement se situer dans l’utilisation des ressources disponibles.

Avec Simandou et la perspective d’une croissance davantage tirée par le secteur minier, la Guinée dispose d’une fenêtre d’opportunité considérable. Le débat est donc moins celui de savoir si la Guinée doit ou non travailler avec le FMI que celui de savoir comment utiliser ce financement, préserver les équilibres sociaux et surtout transformer les revenus miniers exceptionnels en une économie moins dépendante du secteur extractif.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 23/08/2026 à 08h43