Un signe qui ne trompe pas sur la volonté de la Guinée de tirer davantage de revenus de la filière de l’anacarde. En avril 2025, Félix Lamah, ministre de l’Agriculture et de l’Élevage, a été désigné président du Conseil international consultatif du Cajou (CICC), un organisme qui regroupe 10 autres pays et que la Guinée a rejoint en 2017.
Depuis depuis 2019, 150.000 producteurs sont impliqués dans la culture du fruit à coque, les plantations s’étalent sur 200.000 hectares répartis entre la Haute Guinée dans des régions frontalières de la Côte d’Ivoire et la Guinée Maritime.
À Faranah, en Haute Guinée, la culture de l’anacarde représente un potentiel économique important. Mais pour en tirer davantage de revenus, encore faut-il maîtriser les techniques de production, de l’installation des vergers jusqu’à la récolte.
Sur le terrain, les bénéficiaires apprennent à mieux entretenir leurs plantations, à respecter les distances entre les arbres et à pratiquer l’élagage pour favoriser leur développement.
Une formation pratique qui vise à améliorer les rendements, mais aussi la qualité des noix produites. Laye Kaba, bénéficiaire de la formation en témoigne. «Nous avons commencé par le piquetage, le traçage, l’entretien, la récolte et l’élagage. Lorsque les plants deviennent trop nombreux, le domaine devient touffu et la production diminue. L’élagage consiste alors à supprimer les arbres en surnombre, notamment lorsque les distances de plantation n’ont pas été respectées, afin de favoriser l’aération et de permettre aux plants de mieux produire».
Cette formation a été rendue nécessaire par la faiblesse des rendements. À ce propos, le CICC note que «les rendements moyens demeurent faibles, entre 300 à 350 kg par hectare».
Au-delà des techniques culturales, la formation met également l’accent sur la commercialisation. Car, pour les producteurs, connaître la qualité de leur récolte est aussi un moyen de mieux négocier avec les acheteurs. Laye Kaba insiste sur cet acquis.
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«Souvent, les commerçants et les acheteurs trompent les producteurs en affirmant que la qualité n’est pas bonne. Désormais, nous pouvons contester leurs propos et leur démontrer que ce n’est pas vrai. Nous pouvons calculer ensemble le KWR et vérifier les arguments de l’acheteur. Cette formation nous a donc beaucoup aidés».
Dans l’industrie de la noix de cajou, le KWR désigne la qualité et le rendement des noix brutes. Sur les marchés d’Afrique de l’Ouest, l’expression «Anacarde KWR 47, 48, 50...» fait directement référence au taux de rendement en amandes utilisables par sac. Plus ce chiffre est élevé, plus le lot de noix a de la valeur.
Derrière ces apprentissages se dessine une ambition plus large, celle de faire de l’anacarde une véritable source de revenus, tout en préservant le couvert végétal.
En Guinée, l’enjeu est de mieux structurer la filière pour tirer davantage profit de cette ressource, à l’image de la Côte d’Ivoire, devenue une référence mondiale dans la production de noix de cajou.
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Dr Bissa Fodigbé, formateur, explique: «Aujourd’hui, il faut donner davantage d’importance au volet économique de la production fruitière. Par le passé, on plantait essentiellement pour reboiser car l’anacardier est considéré comme une plante de restauration. Désormais, le paradigme a changé: nous voulons toujours produire pour reboiser, mais aussi gagner de l’argent grâce à la production de cajou. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cajou, tire d’importantes devises de cette filière. Nous souhaitons que la Guinée prenne également part à ce système de production, afin de permettre au pays de générer des revenus».
Bissa Fodigbé espère que la Guinée génère plus que les 73,4 millions de dollars de recettes à l’export en 2024. Au moins 57% de la production mondiale provient d’Afrique, principalement d’Afrique de l’Ouest. En 2024, le chiffre d’affaires au niveau mondial était évalué à 7,82 milliards de dollars d’après Mordor International, un cabinet indien de conseil et d’étude de marché.
À Faranah, la formation entend ainsi rapprocher les producteurs de meilleures pratiques agricoles et commerciales. Un pari sur la qualité, les rendements et la valorisation de l’anacarde, pour que les plantations deviennent aussi des leviers de développement économique local.
