Industrie du coton, du textile et de l’habillement: le pari désespéré d’Abuja pour stopper l’hémorragie de devises

Le Nigeria vise à créer environ 1,5 million emplois dans le secteur textile

Le 17/05/2026 à 15h03

Six milliards de dollars de textiles importés chaque année, des réserves de devises sous tension et une filière domestique en lambeaux: en promettant une pluie d’emplois, le gouvernement nigérian signe moins une renaissance qu’un aveu de dépendance.

Le Nigeria prévoit de relancer l’industrie locale du coton, du textile et de l’habillement et créer environ 1,5 million emplois dans le secteur. Lors d’une récente rencontre à Abuja, le ministre d’État nigérian à l’Industrie a souligné que ce plan de relance du secteur textile-habillement s’inscrit dans la nouvelle politique industrielle du Nigeria, visant à réduire la dépendance sur les importations et favoriser le développement du tissu productif local dans différents secteurs clés.

Cité par les médias locaux, le responsable nigérian a souligné l’importance de soutenir les acteurs locaux de l’industrie textile, rappelant que la production locale du coton a chuté à 10.000 tonnes actuellement, contre 2,5 millions de tonnes en 2001. À travers ce nouveau cadre stratégique, le Nigeria entend également atténuer la pression sur ses réserves de devises, dans la mesure où les importations de textile coûtent annuellement environ six milliards de dollars au pays le plus peuplé d’Afrique.

Disons qu’il y a quelque chose de vertigineusement cruel dans les chiffres que le ministre d’État nigérian à l’Industrie a posés sur la table. L’écart entre les 2,5 millions de tonnes de coton produites en 2001 et les 10 000 tonnes faméliques d’aujourd’hui ne relève pas du simple indicateur économique en berne. Il raconte la désintégration méthodique d’un appareil productif, la mise à nu d’un colosse dont on avait oublié qu’il habillait jadis une partie de l’Afrique de l’Ouest avec ses propres fibres. C’est depuis cette ruine, et non depuis une quelconque base florissante, qu’Abuja annonce vouloir créer 1,5 million d’emplois dans la filière coton-textile-habillement.

Le volontarisme affiché par le gouvernement ne masque que partiellement l’énormité du chemin à rebours: pour passer d’une récolte squelettique à un maillage industriel capable d’absorber une telle masse de travailleurs, il faudrait un miracle agronomique, logistique et énergétique dont la nouvelle politique industrielle, présentée comme le cadre de cette relance, peine encore à dessiner les contours concrets. L’argument des réserves de devises, lui, est plus immédiatement lisible.

Les autorités nigérianes lâchent un autre chiffre abyssal: six milliards de dollars annuels engloutis dans les importations de textile, une hémorragie que le pays le plus peuplé d’Afrique ne peut plus s’offrir dans un contexte de pression persistante sur le naira. En cela, le plan sectoriel agit comme un pansement macroéconomique avant d’être un projet industriel structuré. Soutenir les acteurs locaux n’est pas une option, c’est une obligation dictée par la caisse presque vide, et c’est sans doute cette urgence financière plus que la nostalgie cotonnière qui pousse le gouvernement à formuler des objectifs d’emploi aussi spectaculaires. Mais la rhétorique du «tissu productif local» se heurte à une réalité têtue: entre les champs de coton délaissés, les usines vétustes et la concurrence asiatique à bas coût, le Nigeria ne peut se contenter d’une injonction patriotique à produire local.

Les 1,5 million d’emplois promis ne vaudront que si le cadre stratégique parvient à réconcilier la parcelle paysanne, le métier à tisser et le portefeuille du consommateur nigérian, aujourd’hui sevré de textile importé mais sans alternative locale crédible. Dans l’immédiat, cette ambition cousue de contrastes fonctionne surtout comme un signal de détresse émis par une économie contrainte de réapprendre à filer sa propre résilience.

Par Le360 (avec MAP)
Le 17/05/2026 à 15h03