Que vaut un grenier de 36 millions d’hectares si seulement 50 000 hectares sont irrigués et si les récoltes n’atteignent pas les marchés ? Le Mozambique ne manque pas de terres. Il lui manque le fil qui relie la terre au revenu, la récolte au marché et le producteur à la valeur ajoutée.
Le Mozambique place sur la table un chiffre qui devrait peser dans le débat africain sur la transformation agricole: 36 millions d’hectares de terres arables, dont trois millions adaptés à l’irrigation, pour un secteur qui emploie près de 75% de la population active et génère environ 25% de la valeur ajoutée brute.
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La dépêche publiée le 24 octobre 2026 ne se limite pas à ce potentiel. Il expose un paradoxe que le ministre du Plan et du Développement, Salim Valá, résume sans détour: le défi n’est pas le manque de potentiel, mais l’absence de liens structurels permettant de transformer ce potentiel en revenus.
Derrière cette phrase, il y a un diagnostic plus dur que le chiffre de 36 millions d’hectares. Seuls 50 000 hectares bénéficient actuellement de l’irrigation, alors que trois millions pourraient l’être. L’écart n’est pas seulement technique. Il révèle une chaîne incomplète entre la terre, l’eau, le financement, le transport, la transformation et le marché.
L’ouvrage présenté à Maputo, fruit des travaux de 16 chercheurs nationaux et internationaux, a le mérite de ne pas s’arrêter à la célébration du potentiel. Il examine le maïs, le coton, la volaille et le niébé, quatre filières qui disent chacune à leur manière que la valeur ajoutée ne naît pas dans le champ, mais dans l’articulation entre production, logistique, prix et transformation. La publication met aussi en évidence les réformes nécessaires pour améliorer la productivité, faciliter l’accès aux marchés et renforcer la contribution du secteur à la croissance économique.
Alberto da Cruz, coauteur de l’ouvrage, insiste sur un point trop souvent relégué: la circulation de l’information sur les prix agricoles. Sans elle, le producteur entre dans la négociation sans arme, particulièrement dans la filière du maïs. Sans infrastructures logistiques, la récolte reste captive d’un marché local étroit et les unités industrielles tournent en deçà de leur capacité.
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Le ministre le reconnaît: l’agriculture est stratégique, mais elle ne joue pas encore pleinement son rôle de moteur de croissance. La publication des scientifiques préconise une meilleure articulation entre production, transport, financement et unités de transformation. C’est là que se joue la véritable transformation agricole.
Le Mozambique ne manque pas de terres. Il lui manque les liens qui font qu’une terre devient un revenu, qu’une récolte devient un produit transformé, qu’un producteur devient un acteur de marché. La publication de Maputo a au moins le courage de nommer ce chaînon manquant. Reste à savoir si les politiques suivront, car un potentiel non relié reste un potentiel. Et dans un pays où trois millions d’hectares irrigables attendent encore, le temps perdu n’est pas neutre.
