Nouvelle feuille de route commerciale dans la Corne de l’Afrique. Un pari sur 4 gains structurants

Carte de la Corne de l'Afrique

Le 04/09/2026 à 09h44

Cinq pays, un document, et une promesse : transformer la Corne de l’Afrique en espace commercial intégré d’ici 2031. Adoptée cette semaine à Addis-Abeba, la feuille de route commerciale des cinq pays de la Corne de l’Afrique active quatre leviers concrets: réduction des barrières, hausse des volumes échangés, efficacité logistique et douanière, compétitivité continentale.

L’adoption par les cinq pays de la Corne de l’Afrique d’une feuille de route 2026-2031 pour faciliter les échanges commerciaux ouvre une séquence inédite. Derrière un consensus ministériel, se dessine une mécanique à quatre temps dont la portée macroéconomique et sectorielle mérite une lecture fine. Car ce document n’est pas un simple catalogue de bonnes intentions: il cible des leviers précis dont la combinaison peut transformer la région en espace commercial intégré.

Le premier gain attendu est le plus immédiat: la réduction des barrières. La coopération douanière renforcée, l’interopérabilité numérique et la simplification des procédures frontalières doivent se traduire par un gain de temps et de coûts pour les opérateurs. Réduire les barrières, ce n’est pas seulement supprimer des droits de douane, c’est éliminer ces heures d’attente, ces documents redondants et ces incertitudes qui alourdissent chaque transaction. Pour des économies où le commerce transfrontalier informel reste massif, l’enjeu est de ramener ces flux dans des circuits formels plus rapides et moins coûteux.

Le deuxième gain est structurel: l’augmentation des volumes d’échanges régionaux. Les réformes coordonnées prévues par la feuille de route ne visent pas seulement à fluidifier, mais à élargir la base des échanges. En harmonisant les pratiques, en fiabilisant les corridors, les cinq pays créent un effet de masse critique.

Les biens produits en Éthiopie, au Kenya ou en Somalie pourront circuler plus librement vers Djibouti et le Soudan du Sud, élargissant les débouchés et stimulant la production locale. L’interopérabilité numérique, mentionnée parmi les 14 objectifs, joue ici un rôle clé. Elle permet aux petits producteurs comme aux grands groupes de tracer leurs marchandises et d’accéder à des informations commerciales fiables.

Troisième gain, plus opérationnel: l’efficacité logistique et douanière. La gouvernance des corridors, l’intégration des réseaux de transport et de logistique, et la gestion des frontières deviennent des priorités stratégiques. Cela signifie des postes frontières mieux équipés, des procédures harmonisées et une meilleure coordination entre les administrations. Pour un chargeur, le bénéfice se mesure en jours gagnés, en stocks immobilisés réduits, en prévisibilité retrouvée. C’est un changement de paradigme dans une région où la performance logistique a longtemps été pénalisée par la fragmentation des systèmes.

Enfin, le quatrième gain est d’ordre compétitif: une meilleure insertion de la Corne de l’Afrique dans le marché continental africain. En devenant un espace commercial plus connecté et plus compétitif, la région se positionne comme une plateforme d’échanges, capable d’attirer les flux à destination ou en provenance du reste du continent. Ainsi, la feuille de route ne crée pas seulement un marché régional, elle prépare les économies de la Corne de l’Afrique à tirer parti de la Zone de libre-échange continentale africaine.

Reste que ces gains restent potentiels. Leur concrétisation dépendra de la volonté politique de mise en œuvre, de la mobilisation des ressources et de la capacité des États à dépasser les rivalités historiques. Mais pour la première fois, un cadre commun et daté existe. Aux acteurs économiques de s’en saisir.

Par Le360 (avec MAP)
Le 04/09/2026 à 09h44