La Coalition unie pour une alternance pacifique et démocratique (CUPAD), un collectif de partis formant la mouvance de l’opposition dite modérée, a brandi la menace de quitter la table du dialogue national inclusif lancé le 29 septembre dernier. Elle entend ainsi protester contre certaines voix proches du pouvoir, réclamant un débat sur une révision constitutionnelle annulant la limitation à deux du nombre de mandats du président de la République. Parmi ces voix figure notamment celle du Porte-parole du gouvernement, Mohamed Lemine Ould Cheikh.
Or, les articles 28, 29 et 99 de la constitution mauritanienne de juillet 1991, modifiée par voie référendaire le 19 juin 2006, érigent le principe de l’alternance et la limitation des mandats en clauses d’éternité.
Ainsi, pour ce haut responsable de l’Alliance populaire progressiste (APP), proche du président Messaoud Ould Boulkheir, «il est hors de question de se mettre autour d’une table pour déconsolider un système démocratique déjà assez fragile du fait de la pratique du pouvoir depuis plusieurs années et du comportement de certains officiers de l’armée accrocs de l’exercice du pouvoir d’Etat».
Cette menace de retrait est aussi d’actualité du côté du parti «El Wiam» présidé par le député et ancien ministre, Bodiel Ould Houmeid.
Le Parti mauritanien du concret/Arc-en-ciel (PMC/A), n’a pas brandi la même menace, mais reste farouchement opposé à toute idée de débat sur le mandat présidentiel.
Pour ces partis de l’opposition qui participent à ce dialogue, tout se passe désormais comme si l’UPR –Union pour la république- du président Ould Abdelaziz avait «un agenda caché et ne voudrait abattre ses cartes qu’au dernier moment».
En attendant, l’opposition, dans toutes ses composantes, se mobilise pour barrer la voie du troisième mandat «qui précipiterait le pays dans le chaos» selon la funeste prédiction d’un dirigeant d’une centrale syndicale.
En tout cas, les menaces de retrait des partis de l’opposition modérée laissent planer le spectre d’un flop total pour cette concertation initiée par le pouvoir de Nouakchott. Un échec que l’Union pour la république (UPR), principal parti de la majorité, semble vouloir conjurer.
Ainsi, un haut cadre issu de cette formation a expliqué à «le360 Afrique» que le seul document écrit émanant de l’UPR porte sur «sur la modification du drapeau national, des dispositions relatives au pouvoir du président de la République (dans le sens de leur renforcement), les cas de vacance du pouvoir, mais aucune proposition relative au mandat».
Ce dialogue, rappelle-t-on, est boycotté par le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) et le Forum national pour l’unité et la démocratie(FNDU), des entités qui regroupent l’essentiel des forces de l’opposition. Cette opposition dite radicale avait avancé que le seul objectif du dialogue était de préparer le terrain à un 3e mandat au profit de Mohamed Ould Abdelaziz.
Face aux difficultés des participants à accorder leurs violons et à trouver des accords sur les principaux points en discussion, selon plusieurs sources, la Commission chargée de superviser les assises du dialogue national inclusif a décidé de prolonger les travaux jusqu’au 18 octobre courant. Il s’agit de la seconde prolongation de 3 jours de plus.
Ces prolongations sont dictées par la nécessité d’approfondir les débats enclenchés au cours de ces derniers jours et qui nécessitent un consensus entre les dialoguistes.
Toutefois, selon de nombreux observateurs, ces prolongations ne font qu’illustrer les importantes divergences entre les participants, notamment entre l’opposition dite modérée et la mouvance présidentielle au sujet du troisième mandat.
Reste qu’accord ou pas, pour l’écrasante majorité des Mauritaniens, le débat est ailleurs. Les vrais problèmes des citoyens que sont le chômage, l’accès aux soins, l’état catastrophique du système éducatif, l’accès à l’eau dans de nombreuses régions, … sont occultés, au profit des sujets mineurs comme le changement du drapeau, de l’hymne nationale ou de la dissolution du Sénat, ….
