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Mauritanie: acquittements et réduction de peines pour les militants anti-esclavagistes

Mise à jour le 19/11/2016 à 10h11 Publié le 19/11/2016 à 10h09 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Société
IRA prisonniers

Des membres de l'IRA en prison.

© Copyright : DR

#Mauritanie : La Cour d’appel de Nouadhibou qui siégeait à Zouératt a eu la main moins lourde que la Cour criminelle de Nouakchott. Faut-il y voir l’effet des pressions internationales et particulièrement l’impact des plaintes déposées à Paris contre certains dirigeants sécuritaires mauritaniens?

Le procureur de la république avait demandé des peines de 20 ans d’emprisonnement pour les militants de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA). La Cour d’appel de Nouadhibou qui siégeait exceptionnellement à Zouérate ne l’a pas suivi. Au contraire, celle-ci a acquitté 5 membres de l’IRA : Ousmane Anne Jemal Samba, Mohamed Daty, Ahmed Mohamed Jaroullah et Ousmane Lô qui étaient condamné par la Cour riminelle de Nouakchott à des peines d’emprisonnement de 3 ans.

Par ailleurs, Khattry ould M’Barek, Ahmed Hamdy Hamar Val, Hamdy Lehbouss et Bala Touré ont vu leurs peines réduites par la Cour d’appel à 1 an d’emprisonnement dont 4 mois fermes. A noter que les deux derniers étaient condamnés à des peines de 5 ans de prison.

Quant aux détenus qui étaient condamnés à 15 ans de prison, leurs peines ont été également allégées mais restent lourdes. Ainsi, Amadou Tidjane Diop et Abdallahi Abou Diop ont été condamnés respectivement à 1 an de prison dont 4 mois fermes et 1 an de prison dont 6 mois fermes. Quant à Moussa Biram et Abdallahi Maatalla Seck dit Vieux, leurs peines ont été réduites à 3 ans de prison dont 2 fermes.


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Reste que pour les défenseurs des droits de l’homme, toutes ces peines sont lourdes du fait que les militants de l’IRA n’étaient pas impliqués dans les violences nées de la volonté du gouvernement de déguerpir les squatters d’un bidonville et qui a tourné en affrontement entre policiers et squatters. Jugés suivant la procédure spéciale «du flagrant délit» ou «crime flagrant», les militants antiesclavagistes ont nié toute présence sur les lieux au moment des faits. D’ailleurs, ils ont tous été appréhendés le lendemain chez eux où au niveau de leurs lieux de travail.

Reconnus coupables «d’attroupement armé et non armé, violences et voies de fait sur agents de la force publique, appartenance à une organisation non autorisée», les 13 militants de l’IRA avaient été condamnés à des peines de prison allant de 3 à 15 ans.
Ces condamnations avaient suscité un rejet unanime des ONG de défense des droits humains et des partenaires occidentaux de la Mauritanie.

L’allègement des condamnations se justifie en grande partie par les pressions exercées par les partenaires européens de la Mauritanie et les défenseurs des droits de l’homme.


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Ainsi, alléguant des cas de tortures pendant l’enquête préliminaire, un collectif d’avocats français, conduit par maître William Bourdon, a déposé une plainte auprès du Tribunal de Grande instance de Paris contre une vingtaine de responsables sécuritaires mauritaniens.

A la lecture de ce jugement en appel, certains y voient l’effet de la pression exercée par les chancelleries occidentales et les ONG étrangères sur le gouvernement mauritanien. D’autres mettent l’accent sur l’impact psychologique des plaintes déposées en France par les militants antiesclavagistes contre certains responsables mauritaniens poussant le gouvernement à l’apaisement. Enfin, d’autres pensent tout simplement que la justice manquant de preuves pour emprisonner certains membre de l’IRA a souhaité ne pas perdre la face et se décrédibiliser en condamnant certains militants à des peines réduites pour simuler un semblant de justice.

Enfin, il faut noter que la Cour d’appel a condamné les jeunes de la gazra Bouamattou, le bidonville où ont lieu les manifestations, à des peines d’emprisonnement allant de 2 ans à 5 ans fermes.
Le 19/11/2016 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya