Depuis plusieurs mois, l’armée fédérale et les forces tigréennes sont massées de chaque côté de la frontière du Tigré, alors que les tensions ne cessent de croître entre les autorités de cet Etat régional, issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), et le gouvernement éthiopien qui les juge illégitimes.
L’armée fédérale et les forces du Tigré (TDF) se sont affrontées entre 2020 et 2022 lors d’une guerre à grande échelle ayant fait au moins 600.000 morts, selon l’Union africaine.
Les autorités fédérales, qui n’ont pas communiqué sur le sujet, ont procédé à plusieurs frappes de drones au Tigré en août, visant des cibles militaires, selon les données d’Acled, une ONG compilant des données sur des zones de conflit.
«Près de 300 combattants du TPLF se sont rendus» aux forces fédérales stationnées «le long du corridor de Tekeze», rivière marquant la frontière avec la zone contestée du Tigré occidental et au nord celle avec l’Erythrée, indique sans autre précision l’armée fédérale dans un communiqué.
Le vice-président du TPLF, Amanuel Assefa, a déclaré à l’AFP ne pas pouvoir se «prononcer sur ce genre de questions militaires».
Les combattants tigréens «ont remis plus de 280 armes individuelles et collectives, divers types de munitions, des jumelles militaires» et «ont également déclaré s’opposer à ce qu’ils ont qualifié d’efforts déployés par les dirigeants du TPLF pour recruter de jeunes Tigréens et les envoyer à la guerre», assure l’armée fédérale.
L’AFP, tout comme l’ONG Human Rights Watch (HRW), ont fait état d’une campagne de recrutement forcé menée par les autorités régionales du Tigré, citant des témoignages de jeunes hommes ayant réussi à s’échapper de camps d’entraînement où ils avaient été emmenés de force ou ayant fui leur ville, voire la région, pour échapper aux rafles.
Le TPLF avait pris le pouvoir en Ethiopie en 1991 et dirigé l’Etat fédéral jusqu’à la nomination en 2018 de l’actuel Premier ministre Abiy Ahmed, qui l’a progressivement marginalisé.
Depuis plusieurs mois, le gouvernement fédéral de M. Abiy accuse le TPLF de s’être rapproché de l’Erythrée voisine, ancienne colonie italienne annexée par l’Ethiopie dans les années 1950 jusqu’à son indépendance en 1993, et qui entretient historiquement des relations très tendues avec Addis Abeba.
Le Tigré, qui comptait avant la guerre environ six millions d’habitants, est exsangue économiquement et plusieurs centaines de milliers de personnes sont toujours déplacées.
