Francophonie: qui sera le prochain secrétaire général de l’OIF?

Les quatre candidats au poste du secrétaire général de l'Organisation International de la Francophonie (OIF).

Le 28/07/2026 à 07h25

Après 56 ans d’existence, c’est la première fois que l’Organisation international de la francophonie (OIF) va élire son secrétaire général. Quatre candidats, une Mauritanienne, une Congolaise, une Rwandaise et un Roumain, qui se disputent le poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) seront départagés lors du XXe sommet de l’organisation qui se tiendra le 16 novembre prochain au Cambodge. La bataille pourrait se jouer entre deux candidats.

C’est la première fois que le secrétaire général de l’Organisation international de la francophonie (OIF) va être élu après 56 ans d’existence de ce rassemblement des pays francophones, Jusqu’à présent, le processus de désignation au poste de secrétaire général reposait essentiellement sur des consultations diplomatiques bilatérales et selon un principe de recherche du consensus entre les États membre de plein droit de l’organisation.

Toutefois, suite à la réforme institutionnelle de mars 2022, le secrétaire général de l’OIF sera désormais élu par les chefs d’État et de gouvernement lors de l’élection qui aura lieu en marge du 20e Sommet de l’organisation qui se tiendra à Phnom Penh, au Cambodge, en novembre 2026. Ainsi, ce sont 90 chefs d’État et de gouvernement représentant 90 États et d’environ 400 millions de francophones qui éliront le futur secrétaire général de l’OIF pour un mandat de quatre ans: 2027 à 2030.

Ainsi, pour la première fois, si le consensus habituel ne se dégage pas entre les membres, un vote à bulletin secret départagera les 4 candidats en lice dont trois originaires d’Afrique -une Mauritanienne, une Congolaise, une Rwandaise- et un Roumain.

Ceux-ci ont été auditionnés le 30 juin dernier par la Conférence ministérielle de la Francophonie qui a réuni pour la première fois ses membres autour d’une audition formelle des candidats à la direction de l’OIF qui a mis en lumière les intentions des quatre candidats en lice pour le poste de secrétaire général de l’OIF.

S’ils sont 4 sur la ligne de départ, ces candidats n’ont pas les mêmes chances d’être élus à la tête de l’organisation. D’abord, il y a la secrétaire générale sortante de l’OIF, la Rwandaise Louise Mushikiwabo qui occupe le poste depuis 2017 et qui est candidate à sa propre succession pour un troisième mandat. Elle a défendu son bilan de 8 ans à la tête de l’organisation en mettant l’accent sur le resserrement budgétaire et le recentrage des missions de coopération de l’OIF réduites à une vingtaine depuis sa prise de fonction en 2019. Durant son mandat, l’OIF s’est enrichie de trois nouvelles représentations décentralisées (Beyrouth, Tunis et Québec) et s’est élargie à 7 nouveaux membres tout en perdant les 3 pays de l’Alliance des États du Sahel (Burkina Faso, Mali et Niger). Elle souhaite poursuivre l’aventure pour faire de la Francophonie «un espace plus influent, plus solidaire, mieux gouverné et aligné sur les défis de son époque».

Malgré cela, l’obtention d’un troisième mandat pour l’ancienne ministre de l’Information puis des Affaires étrangères du Rwanda (2009-2018) s’avère compliquée. Avec trois autres candidats pour cette édition, il est très fort probable que les pays francophones optent pour le changement. D’autant plus que la Rwandaise ne pourra pas compter sur certaines voix africaines francophones de la région à cause des tensions avec la RDC.

D’ailleurs, pour barrer la route à la candidate rwandaise, la République démocratique du Congo (RDC) soutient la candidature de son ancienne ministre de la Culture et des Arts, Juliana Amato Lumumba, fille de l’ancien Premier ministre Patrice Lumumba. La RDC table sur les tensions géopolitiques et militaires entre les deux pays de la région des Grands Lacs pour barrer la route à Louise Mushikiwabo. Loin de la rivalité avec le Rwanda, Lumumba a déclaré, lors de son audition, vouloir mettre l’accent sur «une francophonie tournée vers les peuples, qui a un impact sur la vie quotidienne à l’école, dans l’emploi, dans la mobilité, l’accès au numérique, la culture, la paix et la participation citoyenne». Elle explique aussi que «la Francophonie doit renforcer son influence internationale et assumer pleinement son rôle politique».

Reste que pour de nombreux observateurs, sa candidature visait surtout à empêcher que la Rwandaise ne parvienne à bénéficier d’un troisième mandat à la tête de l’OIF. Il est ainsi peu probable qu’elle réussisse à s’imposer surtout dans un contexte géopolitique tendu entre les deux pays voisins.

Face à ces deux candidates, dont les pays sont à couteaux tirés depuis de nombreuses années à cause du conflit qui prévaut dans l’Est de la RDC, deux autres candidats pourraient tirer profit de la situation.

Il s’agit d’abord de la candidate mauritanienne Coumba Ba, ancienne ministre et actuelle conseillère spéciale auprès de l’OIF. «Si les jeunes n’apprennent à coder qu’en anglais, si les contenus qu’ils consultent sont dans d’autres langues, si les modèles d’intelligence artificielle qui façonnent l’accès aux savoirs sont alimentés sans données francophones suffisantes, alors la francophonie dans le monde sera sérieusement compromise», a souligné la candidate mauritanienne.

Sa candidature a été soutenue par Nouakchott dès avril 2026 et les autorités ne lésinent pas sur les moyens pour la faire élire à la tête de l’OIF. Pour y arriver, le gouvernement mauritanien cherche à rallier des appuis à travers une vision de neutralité constructive et de consensus.

Ainsi, la candidate mauritanienne a multiplié les déplacements aussi bien au niveau du continent africain qui demeure un atout pour les votes qu’en Asie. La semaine écoulée, elle a mené une mission officielle au Cambodge, au Vietnam et au Laos pour promouvoir sa vision du consensus pour obtenir des appuis régionaux.

En Afrique, si les autorités mauritaniennes tablent sur le soutien des pays d’Afrique du Nord, de l’Ouest et du Monde arabe, la candidate mauritanienne s’est déplacée en Afrique centrale pour y rencontrer les dirigeants de la région. Il faut dire que dans le cadre de cette élection, le processus peut aller au-delà des deux premiers tours et nécessiter ainsi des reports de voix dont il faut discuter bien avant le jour du vote.

La dernière élection du Mauritanien Sidi ould Tah à la tête de la Banque africaine de développement (BAD) a offert à la Mauritanie une expérience en la matière. Au-delà, elle a aussi bien évidement rencontré la partie française en charge de la francophonie et multiplie les échanges avec les représentants des États membres.

La candidate mise sur son expérience en tant qu’ex-ministre de la Jeunesse et ex-ministre du Travail et de l’Emploi de la Mauritanie pour accompagner l’OIF et les États membres à faire face aux nombreux défis auxquels sont confrontés les jeunes. En tant qu’ancien ministre et conseiller des présidents, elle connait également les rouages politiques pour avoir rencontré plusieurs dirigeants en tant que conseiller à la présidence mauritanienne. En outre, en tant qu’actuelle conseillère spéciale auprès de l’OIF, elle connait bien la maison francophone. Enfin, sa candidature s’appuie aussi sur la position de la Mauritanie, jugée équidistante des conflits actuels que connaissent le continent et le monde.

Pour les dirigeants mauritaniens qui ne ménagent aucun effort pour soutenir sa candidature, l’élection de Coumba Ba au poste de secrétaire général de l’OIF, après la victoire haut la main de Sidi ould Tah à la tête du groupe de la Banque africaine de développement (BAD), serait un succès diplomatique d’envergure. Pour y arriver, la Mauritanie compte bien évidemment s’appuyer, comme lors de l’élection du président de la BAD, sur le socle francophone africain.

Toutefois, celle-ci doit faire face à un challenger de taille, Dacian Cioloș, ancien Premier ministre de la Roumanie, candidat représentant l’Europe que certains considèrent comme outsider. En tant qu’ancien Premier ministre, il jouit d’une connaissance des rouages politiques et diplomatiques non négligeables et globalement il a été mieux à l’aise lors des auditions des 4 candidats.

Mettant aussi l’accent sur la jeunesse, l’économiste roumain compte faire de la coopération économique et les jeunes ses priorités. «L’avenir dépend du choix des jeunes de choisir le français. Ils le choisissent si cela leur apporte quelque chose de positif. Ce doit être une langue d’opportunité».

L’autre avantage pour le Roumain est que depuis la création du poste de secrétaire général de l’OIF en 1997, lors du sommet de la francophonie à Hanoï, aucun européen n’a dirigé l’organisation. Par contre, trois Africains l’ont dirigé: Boutros Boutros-Ghali d’Égypte (1997-2002), Abdou Diouf du Sénégal (2003-2014) et Louise Mushikiwabo du Rwanda (depuis 2019). Hormis les Africains, Michaëlle Jean du Canada a également dirigé l’organisation durant un mandat (2015-2018).

Même si la rotation régionale n’est pas inscrite au niveau du règlement de l’OIF, ce serait logique que le poste revienne au candidat soutenu par les pays européens.

Globalement, il sera difficile de départager les 4 candidats qui ont mis en avant la jeunesse, l’emploi, la formation, l’intelligence artificielle, la sécurité, les petites et moyennes entreprises, la diversification des sources de financement. Le dernier mot revient aux chefs d’État et de gouvernement qui éliront en novembre prochain, lors du 20e Sommet de la Francophonie, le secrétaire général de l’organisation.

Par Moussa Diop
Le 28/07/2026 à 07h25