Mauritanie: retour du débat sur le verrouillage du mandat présidentiel, entre analyses d’un militant politique et d’un constitutionnaliste

Le président Mohamed Cheikh el-Ghazouani face à la presse mauritanienne.

Le 05/08/2026 à 11h56

VidéoÀ l’approche de la fin du mandat des chefs d’État, le débat sur la limitation des mandats présidentiels ressurgit régulièrement en Afrique. Nourri par des facteurs historiques, sociologiques, politiques et parfois par les ambiguïtés des textes constitutionnels eux-mêmes, il alimente de vives controverses dans plusieurs pays du continent. La Mauritanie n’échappe pas à cette dynamique.

La Mauritanie n’échappe pas à ce phénomène, malgré le verrouillage de sa Loi fondamentale, dont les dispositions érigent la durée et le nombre de mandats présidentiels en clauses d’intangibilité.

Ce verrou constitutionnel n’a pourtant pas empêché plusieurs responsables d’Insaf, le principal parti de la majorité présidentielle, d’appeler à un troisième mandat du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, à l’occasion d’une cérémonie organisée vendredi dernier pour célébrer les «sept années de réalisations» du chef de l’État.

Souleï Bouna Moctar, militant politique proche d’Insaf, a salué la récente conférence de presse du président de la République, estimant que, «au-delà des projets et des chiffres, le président de la République a délivré un message de fond: celui de poursuivre l’action publique à travers le renforcement de l’État de droit, des institutions et de la séparation des pouvoirs». Et d’ajouter: «En tant que citoyen, je revendique un autre mandat pour le président de la République. Mais, pour le moment, je m’en tiens à ce que lui-même a déclaré lors de sa conférence de presse.»

Le Pr Lô Gourmo, constitutionnaliste et dirigeant de l’Union des forces de progrès (UFP), parti d’opposition, a pour sa part salué cette conférence de presse, soulignant que «les propos du président de la République ont été simultanément traduits dans toutes les langues nationales, un exercice inédit». Selon lui, cette initiative ouvre une voie prometteuse à l’officialisation des langues nationales, une revendication qu’il juge légitime.

S’agissant de la question sensible du troisième mandat, le Pr Lô Gourmo se montre catégorique: «Je réitère ce que tous les juristes savent: il est impossible de déverrouiller cette disposition dans le cadre de la Constitution, compte tenu des mécanismes prévus pour empêcher toute velléité de révision. Une disposition nette, claire et précise, liée au serment présidentiel, interdit d’engager un processus susceptible de modifier le nombre ou la durée du mandat du président de la République.»

Selon lui, un second verrou constitutionnel réside dans l’interdiction formelle de toute «initiative présidentielle ou parlementaire visant à organiser un référendum sur la question du mandat». En d’autres termes, ni le président de la République ni les députés ne peuvent prendre l’initiative de convoquer le corps électoral en vue de modifier les règles relatives au mandat présidentiel.

En Mauritanie, le mandat du président de la République est fixé à cinq ans, renouvelable une seule fois, conformément à l’article 28 de la Constitution.

Les principales clauses d’intangibilité sont consacrées par les articles 26, 28 et 99 de la Constitution.

Par Amadou Seck (Nouakchott, correspondance)
Le 05/08/2026 à 11h56