Relation Niger-France: Niamey suspend une dizaine de médias français à l’approche du sommet Africa Forward

Le Niger suspend une dizaine de médias français pouvant selon lui mettre en péril l'ordre public

Le 09/05/2026 à 17h40

Tandis que Paris s’apprête à parler d’avenir commun avec l’Afrique à Nairobi, Niamey, Bamako et Ouagadougou répondent par une censure coordonnée.

Les autorités Nigériennes, hostiles aux pays occidentaux et notamment à la France, ont annoncé vendredi suspendre une dizaine de médias français pouvant selon elles «mettre gravement en péril l’ordre public», à quelques jours d’un important sommet entre Paris et des pays africains. Plusieurs médias occidentaux ont déjà été suspendus depuis l’arrivée d’une junte au pouvoir au Niger en juillet 2023, par un coup d’Etat.

Cet immense pays sahélien a entamé dès le putsch un divorce d’avec la France, ancienne puissance coloniale, en obtenant notamment le départ de son armée engagée dans la lutte antijihadiste. Le régime s’est tourné vers d’autres partenaires, dont la Russie, et fustige régulièrement «l’impérialisme», revendiquant sa «souveraineté». «Sont suspendus sur toute l’étendue du territoire national pour diffusion récurrente de contenus susceptibles de mettre gravement en péril l’ordre public, l’unité nationale, la cohésion sociale et la stabilité des institutions de la République les médias ci-après: France 24, RFI (Radio France internationale, ndlr), France Afrique Media, LSI Africa, AFP (Agence France-Presse, ndlr), TV5 Monde, TF1 Info, Jeune Afrique et Mediapart», indique un communiqué de l’Observatoire national de la communication (ONC) lu à la télévision publique.

L’exécution de cette décision est «immédiate», ajoute l’organisation dans le texte, sans détailler les raisons de cette mesure. «La suspension concerne les bouquets satellitaires, les réseaux câblés, les plateformes numériques, les sites internet, les applications mobiles», précise-t-elle. RFI et France 24 avaient déjà été suspendus quelques jours après le putsch. La radio britannique BBC avait aussi été suspendue, en décembre 2024. Mardi, le Burkina Faso, allié du Niger et du Mali voisins au sein de la confédération de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), a interdit la diffusion de la chaîne TV5 Monde, après avoir aussi suspendu plusieurs médias occidentaux. La junte de Bamako, actuellement fragilisée après une série d’attaques sans précédent de jihadistes et de rebelles touareg, avait également suspendu la diffusion de médias français.

La décision du Niger intervient quelques jours avant un important sommet entre la France et des pays africains au Kenya, à Nairobi, baptisé Africa Forward. Le Niger, le Mali et le Burkina n’y participeront pas.

13 arrestations

Les journalistes nigériens, travaillant pour des médias étrangers ou locaux, sont également visés par la junte. Cette semaine, deux journalistes nigériens, le correspondant de la radio allemande Deutsche Welle Gazali Abdou et le directeur de publication d’un journal régional, Hassane Zada, ont été remis en liberté après avoir été écroués plusieurs mois.

En 2025, 13 journalistes ont été arrêtés dans le pays selon l’ONU, qui avait appelé à leur libération. Selon des organisations locales de la presse, six journalistes sont encore détenus au Niger, notamment pour «atteinte à la défense nationale» et «complot contre l’autorité de l’État». En 2026, le Niger a dégringolé de 37 places dans le classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), se classant en 120e position sur 180 pays. Cette ONG, ainsi qu’Amnesty international, se sont inquiétées plusieurs fois d’un «recul» de la liberté de la presse dans le pays.

Le Niger a également durci en 2024 une loi réprimant la diffusion numérique de «données de nature à troubler l’ordre public». Par ailleurs, le pays a suspendu près de 3.000 ONG locales et étrangères en 2025, accusées de manquer de transparence et de soutenir les «terroristes», des groupes armés qui minent plusieurs parties du pays.

Par Le360 (avec AFP)
Le 09/05/2026 à 17h40