Conakry: quand la voiture a la primeur de la mangue précoce

La vente des mangues précoces à Conakry.

Le 02/05/2026 à 14h50

VidéoBien avant la pleine saison attendue entre mai et juillet, les premières mangues font leur apparition en bordure de route à Conakry. Pas encore suffisamment abondant pour être écoulé sur les étals, ce fruit tropical est exposé dans l’habitacle ou le coffre d’une voiture qui a traversé bien de péripéties sur les pistes cahoteuses de la brousse. Bienvenue à bord.

Alignées en bordure de route, capots ouverts, des voitures chargées de mangues attirent les regards et les clients. C’est ici, au pied des véhicules, que Boubacar Sadikh s’arrête pour son achat du jour. Comme le veut la tradition locale, il marchande beaucoup... mais repart avec peu de fruits.

«Je peux dire que les mangues sont chères! Je viens d’en acheter quatre à 10.000 francs guinéens. Je ne suis pas certain que d’autres personnes acceptent de débourser autant pour si peu. Normalement, à ce stade de la saison, ça devrait être vendu moins cher».

En cette période précoce, parfois à deux mois de la saison de pleine production selon les zones, les mangues arrivent au compte-gouttes à Conakry. Et le mode de commercialisation reflète cette rareté momentanée: pas d’étals classiques, les ventes se font directement depuis le coffre ou les banquettes arrières des véhicules qui font office de moyen de transport et de boutique.

Pour les commerçants, ce système est autant une nécessité qu’une contrainte. Tahirou Bella Barry explique un écoulement lent, qui immobilise les voitures plusieurs jours.

«Actuellement l’écoulement de nos mangue se fait au compte-gouttes. Et pourtant nous allons à l’intérieur du pays, jusqu’à Mamou. Nous nous déplaçons en voiture pour ramener les mangues. Pour écouler notre cargaison, il nous faut en moyenne six jours" explique celui qui négocie dur comme fer le prix de ses mangues, fruit d’un long voyage sur des routes pas toujours en bon état.

Du verger à la capitale, la chaîne est longue et semée d’obstacles, comme le souligne le transporteur Abdoulaye Ly. «C’est toutE une chaîne. Il y a d’abord les négociants installés à l’intérieur du pays qui palabrent avec les producteurs. Une fois l’accord trouvé, les mangues sont transportées jusqu’à Conakry. Cette chaîne génère beaucoup de frais d’autant que certaines zones sont inaccessibles et pour lesquelles il faut louer un véhicule adapté à la brousse. En chemin, les pertes peuvent être importantes. De plus, il arrive que de la marchandise nous soit rendue par des clients insatisfaits».

Entre routes difficiles, immobilisation des véhicules, et caractère très périssable du fruit, les risques de perte restent élevés.

Les recettes varient fortement, certains commerçants peuvent espérer quelques millions de francs guinéens, souvent en dessous de 5 millions.

En attendant la pleine saison, ces voitures chargées de mangues, capot ouvert, sont devenues un symbole d’un commerce précoce, entre débrouillardise et incertitude.

Pourtant, la Guinée dispose d’un potentiel de production estimé à 300.000 tonnes par an mais la production réelle ne dépasse pas les 100.000 tonnes.

La mangue, fruit tropical, affectionne particulièrement les températures entre 24 et 30°C, les sols légers, une bonne exposition solaire et une pluviométrie de 750 à 1.200 mm/an... tout ce que possède la Guinée.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 02/05/2026 à 14h50