Dakar. Périmés mais vendus: les aliments de tous les dangers dans vos assiettes

Le 04/11/2026 à 10h17

VidéoDans les marchés de Dakar, conserves, biscuits, boissons, produits laitiers et autres aliments de grande consommation se retrouvent sur les étals alors que leur date limite de consommation est dépassée. Une pratique qui expose les consommateurs à de sérieux risques sanitaires et qui soulève la question de l’efficacité des contrôles. À l’échelle mondiale, l’OMS estime à 310 milliards de dollars la prise en charge et la perte de productivité associées aux maladies d’origine alimentaire.

Sur le terrain, la question des produits périmés mis en vente demeure particulièrement sensible. Au fil de notre tournée dans le marché, plusieurs commerçants sollicités préfèrent garder le silence.

Certains esquivent nos questions, d’autres refusent catégoriquement de s’exprimer devant la caméra. Une réticence qui témoigne de la difficulté à aborder ouvertement ce commerce controversé.

Après plusieurs tentatives, Pape, vendeur de produits alimentaires, accepte finalement de briser le silence. Il reconnaît l’existence de cette pratique dans le marché, tout en assurant que son commerce n’y prend aucune part.

Selon lui, certains vendeurs peu scrupuleux profitent de la précarité et du manque de vigilance des consommateurs pour écouler des marchandises dont la qualité n’est plus garantie. «Il faut reconnaître que des produits périmés circulent dans ce marché. Certains commerçants véreux profitent de la pauvreté et de la naïveté des consommateurs pour les écouler. Mais chez nous, tout est vérifié. Les aliments sont destinés à être consommés par des êtres humains, ils doivent donc être sains. Ici, lorsqu’un produit arrive à un mois de sa date de péremption, nous préférons le retirer de la vente afin d’éviter tout risque.»

Au-delà de la responsabilité individuelle des commerçants, la surveillance des denrées alimentaires constitue également un enjeu pour les responsables du marché. Leur mission ne se limite pas à l’organisation des activités commerciales: elle comprend aussi la sensibilisation des vendeurs et la vigilance face aux produits susceptibles de mettre en danger les consommateurs.

Sérigne Saliou Sow, délégué du marché, affirme que la vérification des marchandises fait partie de ses préoccupations quotidiennes. Il appelle les commerçants à davantage de responsabilité, mais insiste également sur la nécessité, pour les clients, de contrôler les produits avant tout achat. «C’est un travail que nous avons l’habitude de faire. Il est recommandé de vérifier régulièrement les produits exposés sur les étals afin de s’assurer qu’ils sont propres à la consommation. Nous invitons les consommateurs à faire preuve de vigilance, à vérifier les dates de péremption et à ne jamais acheter de produits périmés. C’est une question de santé publique».

À ce sujet, plusieurs titres de la presse ont rapporté l’intervention des services concernés et qui ont abouti à la saisie suivie de l’incinération de produits qui n’auraient jamais dus être commercialisés.

«Le Service d’hygiène de Guédiawaye a mené une importante opération de contrôle ayant permis de retirer du circuit de consommation 15 tonnes de produits périmés, pour une valeur estimée à 22 millions de francs CFA» rapportent nos confrères de dakaractu.com.

Fin octobre, «la Brigade départementale d’hygiène de Dakar a intercepté une tonne de produits alimentaires périmés, d’une valeur de 900.000 francs CFA, dans le marché de Gueule Tapée, renforçant ainsi le contrôle sanitaire pour protéger la santé publique», selon senenews.com.

Mais la sensibilisation ne suffit pas toujours à décourager les pratiques frauduleuses. Les opérations de contrôle menées par les services compétents peuvent déboucher sur la saisie de marchandises impropres à la consommation, leur retrait des circuits commerciaux et, selon les procédures applicables, leur destruction ou leur incinération. Les contrevenants s’exposent également à des sanctions.

Une réalité que confirme Pape vendeur de produits alimentaires. Le commerçant explique que les agents chargés du contrôle sanitaire interviennent et n’hésitent pas à retirer les produits suspects de la vente.

«Tout ce qui est destiné à être consommé doit faire l’objet d’une vérification rigoureuse. Les services d’hygiène sont stricts avec ceux qui commercialisent des produits périmés. Il leur arrive de prendre des commerçants en flagrant délit. Dans ce, les marchandises sont saisies et les vendeurs sanctionnés», explique t-il.

Intoxications alimentaires, troubles digestifs et autres complications sanitaires: les conséquences de la consommation de denrées avariées peuvent être graves, particulièrement pour les enfants, les personnes âgées et les populations les plus vulnérables. Malgré les contrôles et les mises en garde, le risque persiste dans les circuits de distribution.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), chaque année, 866 millions de personnes, soit près d’une personne sur neuf dans le monde, contractent des maladies causées par la consommation d’aliments impropres à la consommation, 1,52 million de personnes en meurent.

La présence dans ces aliments de bactéries, virus, métaux lourds, parasites... sont responsables d’un spectre de maladies dont la prise en charge et la perte de productivité associées aux maladies d’origine alimentaire ont été estimées à 310 milliards de dollars en 2021, écrit l’OMS.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 04/11/2026 à 10h17