La facture est «énorme»: «entre 1,4 et 1,5 million de dinars», environ 445.000 euros, estime le vétérinaire Hamza Bouchrit.
Sans ventilation ni eau, près de 90% des volailles ont péri, l’équivalent de «400 à 500 tonnes de viande» perdues, explique-t-il à l’AFP. Sur le site, une odeur putride flotte encore.
Ces deux dernières semaines, la Steg, la compagnie électrique nationale, a eu recours à des délestages, à savoir des coupures tournantes destinées à soulager le réseau électrique lorsque la demande dépasse les capacités de production, dans un contexte de fortes chaleurs et de consommation accrue de climatisation.
La Steg a expliqué que le délestage était inévitable pour éviter un «black-out».
Très critiquées en raison de leur durée et de leur caractère parfois imprévisible, ces interruptions semblent néanmoins avoir baissé depuis ce week-end.
«Catastrophe»
Avec la coupure du courant dans l’exploitation avicole, le système d’aération s’est arrêté. L’eau, acheminée par des pompes électriques, a également cessé d’arriver. Les volailles n’ont pas résisté.
Le site disposait bien d’un groupe électrogène, mais celui-ci «ne sert qu’au dépannage» et n’est «pas conçu pour fonctionner plus de deux ou trois heures», précise le vétérinaire.
«Comme la coupure a duré davantage, il a surchauffé et n’était plus fonctionnel. Et il y a eu la catastrophe», dit-il.
Dans une exploitation laitière voisine, Aziz Bouhejba, éleveur d’une cinquantaine de vaches Holstein, raconte avoir dû jeter l’équivalent de six jours de traite, soit environ 1.200 litres de lait.
«Ce sont des pertes sèches que l’on a du mal à récupérer», affirme-t-il, regrettant des coupures longues et insuffisamment planifiées.
Une critique également formulée par la Conect, l’une des principales organisations patronales du pays, qui a dénoncé l’absence de visibilité pour les entreprises.
Autre secteur affecté, en pleine saison des mariages et des fêtes: la pâtisserie.
Samia Diab, présidente de la Chambre de la pâtisserie, dit n’avoir «jamais vécu une telle situation» en 40 ans d’activité.
Son atelier d’El Menzah, dans la capitale, est fermé depuis une dizaine de jours.
«J’ai dû jeter une énorme quantité de pâte à base de fruits secs et le moteur de la chambre froide a brûlé», raconte-t-elle.
«La Steg ne nous a pas laissé le temps de prendre nos précautions, par exemple d’installer des groupes électrogènes. Aucun calendrier précis n’a été communiqué et nous ne connaissions pas les horaires exacts des coupures», regrette-t-elle.
«Certains confrères avaient même contracté des prêts pour préparer la saison estivale. Après ces coupures, ils se sentent ruinés.»
«Expliquez les raisons»
La Steg a expliqué avoir essayé d’être équitable, mais les coupures ont beaucoup varié selon les quartiers et souvent duré de longues heures, plongeant certains cafés, restaurants et supermarchés dans le noir.
Le secteur de la pêche et de la poissonnerie a également été affecté, car le prix de la glace a augmenté, entraînant celui du poisson, selon Mohamed Saddam, président de la Chambre des poissonniers.
«Le prix du maquereau, par exemple, a doublé», dit-il.
Face à la colère suscitée par les coupures d’électricité mais aussi d’eau, le Parlement a consacré lundi une séance plénière à la situation.
Plusieurs députés ont dénoncé l’absence de représentants du gouvernement.
«Il est impossible de trouver un responsable qui vous réponde. Sortez et expliquez aux citoyens les raisons de cette situation», a lancé le député Adel Dhiaf. «Certains ont perdu leur vache (...). Une autre personne a perdu 2.500 poulets à cause des coupures d’électricité. Pourquoi détruisons-nous notre pays de cette manière?».
